La théologie est-elle possible à l’âge de la critique et de la spécialisation des disciplines ? La réponse est loin de faire l’unanimité. Admettre cette possibilité suppose, en effet, de reconduire dans l’aujourd’hui d’une communauté croyante l’interprétation actualisante des Écritures, cette interprétation même dont est tissée l’étoffe des écrits bibliques et à laquelle la tradition théologique bimillénaire doit sa vitalité. De l’explication à l’application en passant par la méditation, l’interprétation des Écritures inspirées instruit les fidèles des exigences d’une vie selon l’Esprit en une situation historique particulière : tel est l’acte théologique en son cœur, selon un point de vue assez traditionnel que nous adoptons ici. Semblable démarche comporte un positionnement critique à l’égard du contexte culturel et des conditions d’existence des fidèles. Semblable exercice de lecture théologique est ici proposé dans les limites suivantes : l’épître aux Hébreux (He) est étudiée comme écrit à la frontière de l’ancienne et de la nouvelle alliance, sous l’angle de son herméneutique et de son régime temporel ; l’essai d’actualisation de l’épître se confronte en particulier au régime temporel de la modernité européenne, étant entendu que la rigueur avec laquelle He traite la lettre des Écritures qu’elle cite donne la mesure des exigences herméneutiques à satisfaire
Bourgine, B. (2014). Lire l’épître aux Hébreux en un temps séculier. In Burnet Régis, Luciani Didier, Van Oyen Geert (ed.), l’Épître aux Hébreux comme écrit à la frontière. https://hdl.handle.net/2078.5/230355