Le mariage comme idéologie ? Reconnaissance et ambivalence
Fekete de vàri, François
(2023) Reconnaissance et résistance — Location: Université libre de Bruxelles (11.May.2023)
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Fekete de vàri, FrançoisUSL-B
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Dans un premier temps, nous envisageons la reconnaissance légale des couples de même sexe comme la réponse morale positive apportée à ce qu’on identifie, à partir du travail d’Axel Honneth, comme une situation négative de « mépris » subie par certains individus ou groupes sociaux. En effet, le philosophe allemand situe le levier de la transformation sociale dans l’expérience négative de l’injustice, comprise comme absence de reconnaissance, et le désir de développer un rapport positif à soi dans les trois sphères de reconnaissance que sont l’amour, le droit et la solidarité. De ce point de vue, la revendication de la légalisation du mariage homosexuel peut être appréhendée comme une lutte pour la reconnaissance à travers laquelle se déploie à terme un rapport à soi positif et une intégration dans les cadres sociaux desquels les sujets homosexuels étaient auparavant exclus, faisant de la reconnaissance l’instrument d’un élargissement des formes initiales de la communauté et d’une inclusion toujours plus aboutie. Dans un second temps, nous confrontons cette compréhension du mariage aux critiques dont la notion de reconnaissance a fait l’objet, notamment par Judith Butler dans sa double filiation foucaldienne et althussérienne, l’envisageant non pas tant comme une source d’émancipation que comme un moyen de domination et d’assujettissement. Tandis que le modèle déficitaire développé par Honneth comprend le pouvoir comme nécessairement externe à la relation de reconnaissance, c’est-à-dire comme un obstacle aux conditions de sa réalisation, l’approche critique tend à inscrire celle-ci dans les rapports de pouvoir qui structurent et reproduisent l’ordre social. Autrement dit, la question se pose de savoir si la reconnaissance des couples de même sexe ne représente pas un mécanisme idéologique qui conduit les sujets à adhérer et à se soumettre aux termes préétablis de l’ordre social – en l’occurrence hétéronormatif – dans lequel ils se trouvent reconnus. De cette façon, ce second moment met en lumière l’ambivalence de l’acte de reconnaissance, qui porte le sujet à l’existence en même temps qu’il l’assujettit. Enfin, dans un troisième temps conclusif, et afin de dépasser l’ambivalence ainsi thématisée, nous faisons valoir le sujet dans son effort poïétique de re-subjectivation et sa puissance d’inauguration. Articulée à la relation homosexuelle, ce thème ouvre alors la voie à l’invention autonome de modes d’existence et de relation et, in fine, à la création de nouvelles formes culturelles qui rompent avec les cadres préétablis de l’ordre social. Aux aspirations à la reconnaissance répond ainsi une « fuite vers le dehors ».
Fekete de vàri, F. (2023). Le mariage comme idéologie ? Reconnaissance et ambivalence. Reconnaissance et résistance, Université libre de Bruxelles. https://hdl.handle.net/2078.5/228411