La « ville romaine » est conçue dans l’imaginaire collectif comme un espace séparé de la campagne environnante (rus) grâce à des remparts percés de portes d’accès monumentales, et structurée à l’intérieur de ces murs par un réseau routier de plan orthogonal : les axes principaux de l’articulation spatiale urbaine sont le cardo (nord-sud) et le decumanus (est-ouest) qui, en se croisant, forment le forum, la place principale, situé au centre de la ville. Bien qu’elle corresponde à la réalité archéologique, cette vision doit être circonstanciée et remise dans son contexte historique. Il s’agit bien de la conception spatiale la plus diffusée dans les colonies (coloniae) progressivement fondées par Rome, dès le IVe s. av. J.-C., en Italie, le long des voies consulaires (la plus ancienne étant la via Appia, construite en 312 av. J.-C.), qui sillonnaient la péninsule à partir de l’Vrbs, la ville par antonomase, Rome. Si ce schéma urbain est retraçable, sans toutefois aucune formule de standardisation préfabriquée, non seulement en Italie mais dans maintes villes de la partie occidentale de l’Empire, le phénomène ne concerne pas les provinces orientales, telles la Grèce (Achaia), l’Asie (Asia), en particulier les cités de la côte égéenne de l’actuelle Turquie, la Syrie (Syria) ou l’Égypte (Aegyptum), lesquelles, à l’époque impériale, étaient en pleine floraison : dans ces régions de l’Empire, la tradition urbaine hellénistique, et souvent une grande richesse économique, ont influencé considérablement l’aspects des villes en termes d’architecture, d’équipements urbains, de matériaux et parfois de bâtis.
Cavalieri, M. (2020). Les villes « à la romaine ». In R. Gonzáles Villaescusa, G. Traina, J.-P. Vallat (ed.), Les mondes romains. Questions d’archéologie et histoire (first, p. p. 197-222). Ellipes Edition. https://hdl.handle.net/2078.5/225309