Pourquoi certaines transformations sociales se répercutent-elles dans le droit et d’autres pas ? Qu’est-ce qui, à l’inverse, amène l’ordre juridique à tenter de provoquer des changements sociaux ? Et pourquoi le droit parvient-il, dans certains cas, à transformer les pratiques sociales et dans d’autres, y échoue ? Répondre à ces questions requiert de se départir de deux postulats qui traversent la doctrine juridique classique : d’une part, la tendance à considérer le droit et la société comme deux entités nettement distinctes l’une de l’autre et à envisager le droit comme un système fermé, abstrait et désincarné, répondant uniquement à sa logique propre, et, d’autre part, l’idée qu’il existerait un rapport d’adaptation quasi-mécanique entre le droit et la société. Il faut admettre que le droit est lui-même un phénomène social. Il est produit, appliqué et interprété par des acteurs sociaux, qui sont engagés dans des dynamiques complexes et des rapports de force. Plutôt qu’une adaptation spontanée à une évolution harmonieuse et consensuelle, les réformes juridiques sont le résultat d’un processus multi-factoriels, dans lequel joue un rôle particulier la mobilisation des groupes et individus qui cherchent à promouvoir un changement du droit.
Ringelheim, J. (2013). Droit, contexte et changement social. Revue interdisciplinaire d’études juridiques, 70(1), 157-163. https://hdl.handle.net/2078.5/216628 (Original work published 2013)