Le développement des politiques d’austérité par les Etats européens sous la pression multiforme de l’Union européenne à la suite de la crise des dettes souveraines, a suscité de très vives critiques. A côté des critiques visant la rationalité économique de ces politiques, sur le plan juridico-politique, deux objections majeures ont été formulées : on a pointé un déficit social, d’une part, les droits sociaux ayant été totalement négligés dans ce contexte ; un déficit démocratique, d’autre part, les procédures d’élaboration de ces mesures ayant été marquées par la domination des exécutifs et la marginalisation des institutions représentatives, Parlement européen, parlements nationaux mais aussi syndicats et autres représentants de la société civile. De façon intéressante, la contestation de ces politiques a notamment pris la forme de l'action judiciaire : une vague de recours en justice devant différentes instances juridictionnelles ou quasi-juridictionnelles, au niveau national ou international. Au regard de ces constats, l’interrogation fondamentale qui traverse le colloque que nous introduisons ici est la suivante : le recours en justice permet-il de combler le double déficit mis en lumière par les observateurs, démocratique et social ? Le juge a-t-il les moyens, mais aussi la légitimité, de pallier le manque de participation démocratique dans la prise de décision et d’empêcher que les droits sociaux ne soient sacrifiés sur l’autel de la discipline budgétaire et de la stabilité monétaire ? Cet enjeu central soulève des questions multiples, qui relèvent à la fois du droit, de la théorie politique et de la sociologie, que cette introduction s'attachera à souligner.
Ringelheim, J., & et al. (2017). Litigating against Austerity : General Introduction. L’austérité en procès. Mobilisations judiciaires contre les politiques d’austérité en Europe., ULB. https://hdl.handle.net/2078.5/215805