Longtemps, en France et dans les régions marquées par l’influence française comme la Belgique francophone, l’idée a prévalu que pour éliminer la discrimination raciale ou ethnique, la meilleure stratégie était d’ignorer, dans les politiques et le discours publics, les différences d’origines ou d’appartenances ethno-culturelles. Mais au cours des années 1990, la lutte contre la discrimination s’est peu à peu imposée comme un impératif autonome de l’action publique. La discrimination a été reconnue comme un problème public majeur, générant de nouvelles politiques, des réformes législatives et un intérêt croissant des chercheurs. Or, comme on tentera de le montrer dans cette contribution, l’évolution de la connaissance du phénomène discriminatoire et l’expérience acquise en matière de lutte contre la discrimination, en Europe et ailleurs (I), ont montré les limites d’une stratégie reposant uniquement sur l’ignorance ou la négation des différences (II). Cependant, le développement d’un autre type d’approche, intégrant une démarche consistant à « nommer » les groupes discriminés, suscite certaines difficultés et interrogations (III).
Ringelheim, J. (2018). Nommer les groupes discriminés pour mieux combattre la discrimination : la fin d’un tabou ? Recherche & formation, 89, 83-94. https://hdl.handle.net/2078.5/215800 (Original work published 2018)