SUMHIT - Substance use and mental health care integration: a study of service networks in mental health and substance use disorders in Belgium, their accessibility, and users’ needs

Chantry, Mégane;Magerman, Jürgen;Fernandez, Kim;De Ruysscher, Clara;Nicaise, Pablo;et.al.
(2024) , 141 pages

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(en) La littérature scientifique indique que la consommation de drogues chez les personnes ayant des troubles mentaux (MM) varie de 20 à plus de 50%, tandis que les troubles de santé mentale sont également courants chez les personnes ayant des troubles liés à l’usage de substances (TUS). Les personnes ayant à la fois des TUS et des MM font face à des difficultés plus importantes que les personnes ayant uniquement l'un ou l'autre de ces types de trouble, que ce soit en termes d'accessibilité aux services, de besoins non satisfaits, d'adhésion aux traitements ou de rechutes, d'intégration sociale et de rétablissement personnel. Leurs besoins médicaux, psychologiques et sociaux nécessitent une prise en charge globale de la part des prestataires de soins, notamment en termes de continuité des soins et de soins personnalisés. Pourtant, en Belgique comme dans d’autres pays, l’offre de soins pour ces publics est divisée en secteurs séparés, un secteur générique de soins de santé mentale et un secteur spécialisé dans le domaine des addictions. C’est pourquoi l’étude SUMHIT a examiné les besoins des usagers des deux types de services, ainsi que les expériences des usagers et des professionnels dans l’accès et la délivrance des soins. Par ailleurs, SUMHIT a examiné la capacité organisationnelle des deux secteurs à collaborer et à s’intégrer dans le cadre général des réseaux de services mis en oeuvre dans la réforme « psy 107 ». Cinq territoires ont été sélectionnés pour l'étude : Anvers (SaRA), Alost-Termonde-St-Nicolas (GGZ ADS), et Flandre du Sud-Ouest (GGZ ZWVl) en Flandre ; Brumenta (le réseau bruxellois, qui est composé de 4 sous-réseaux : Bruxelles-Est, Hermes+, Rézone, et Norwest) ; et le "Réseau Santé Namur" en Wallonie. Dans ces cinq territoires, plusieurs actions de recherche ont été menées : une enquête auprès de 562 usagers de services sur leurs besoins en soins et soutien, rencontrés ou non par les services ; 53 entretiens qualitatifs ont également été menés avec des utilisateurs de services et des personnes qui ne sont plus en contact avec le système de soins. Au niveau des professionnels, une enquête sur l’organisation des services a été complétée par 194 services génériques et spécialisés, et des groupes focaux ont été organisés avec des professionnels et des experts d’expérience. Enfin, une revue de littérature a été menée sur les interventions facilitant le rétablissement personnel des usagers ayant des troubles liés à l’utilisation de substances. SUMHIT se conclut par un ensemble de recommandations qui ont été élaborées sur base des résultats de l’étude et discutés dans des groupes focaux avec des responsables de services, coordinateurs de réseaux et personnes participant à la prise de décision politique. Les principaux résultats de SUMHIT confirment que la prévalence de la comorbidité qui associe les troubles liés à l'utilisation de substances et d'autres maladies mentales est élevée : les utilisateurs de services ayant un besoin non rencontré en matière de santé mentale sont cinq fois plus susceptibles d'avoir également un besoin non rencontré en matière de troubles liés à l’usage de substances, et vice-versa. Pourtant, lorsque le besoin de soins de santé mentale est rencontré, le besoin de soins liés à l’usage de substances est significativement trois à quatre fois moins élevé. De nombreux autres besoins de soins sont associés à cette comorbidité, tels que des besoins socio-économiques, des besoins par rapport aux activités quotidiennes et des besoins en matière de relations sociales. Ce dernier point est un domaine de besoin non rencontré pour la majorité des utilisateurs, y compris ceux ayant déclaré le moins de besoins. On voit ainsi que cette population souffre d'isolement social. En outre, les besoins n'affectent pas les genres de la même manière : le genre est un facteur qui nécessite une attention particulière et des mécanismes différenciés d'accès aux soins. Le nombre de besoins de soins, en particulier le nombre de besoins en soins non rencontrés, est associé à une moindre intégration sociale et à une moindre qualité de vie, ainsi qu’à des consommations de multiples substances. SUMHIT a également mesuré que 31% des utilisateurs des services génériques de santé mentale ont un trouble lié à l'utilisation de substances. Les usagers qui consomment des drogues illicites, en particulier des opiacés, sont plus susceptibles d'être pris en charge dans les services spécialisés en matière d’addictions que dans les services génériques de soins de santé mentale, même s'ils sont plus susceptibles d’avoir des besoins non rencontrés en santé mentale. Les obstacles aux soins sont signalés par les usagers. Ils rapportent également des expériences de stigmatisation, en particulier en ce qui concerne l'usage de substances dans les services génériques. Ces résultats peuvent être mis en perspective avec le nombre élevé de services (41%) qui ont déclaré que la consommation de substances était un critère d'exclusion pour entamer une prise en charge. Les listes d'attente sont perçues par les usagers comme une marque de fragmentation et de travail en silo, car de nombreux services appliquent de longues procédures d'admission. En outre, les usagers perçoivent une tension entre le traitement et le soutien personnel ce qui les amène à avoir le sentiment de ne pas toujours être "réellement" écoutés. Les services génériques de soins de santé mentale, en particulier les services hospitaliers et les services de réhabilitation, ont des critères d'accès significativement plus restrictifs. En revanche, 30% des services ont déclaré avoir au moins un pair-aidant, ce qui limite les effets de la stigmatisation et facilite l’inclusion des personnes ayant des TUS. La structure des contacts entre services montre qu’une collaboration renforcée et formalisée est possible. Sur base de ces résultats, SUMHIT formule 12 recommandations aux niveaux macro et méso. Elles mettent en exergue une plus grande formation des professionnels aux principes du rétablissement personnel, une plus grande attention à l’organisation et la structuration de l’offre de soins sur une base territoriale et populationnelle afin que l’éventail de l’offre de soins soit disponible sur un territoire, la mise en oeuvre d’interventions au niveau des réseaux pour faciliter l’accès et la navigation au sein de l’offre de soins, et enfin une plus grande attention aux effets délétères de la stigmatisation sur les parcours de soins. Les autorités sont, pour leur part, invitées à mettre en place des mécanismes organisationnels et financiers pour soutenir cette approche du rétablissement personnel articulée sur un territoire.
Affiliations

Citations

Chantry, M., Magerman, J., Fernandez, K., De Ruysscher, C., Sinclair, D. L., Goethals, I., Antoine, J., De Maeyer, J., Gremaux, L., Vander Laenen, F., Vanderplasschen, W., Delespaul, P., & Nicaise, P. (2024). SUMHIT - Substance use and mental health care integration: a study of service networks in mental health and substance use disorders in Belgium, their accessibility, and users’ needs. Federal Science Policy Office (BELSPO). https://hdl.handle.net/2078.5/213048