L'interprétation du Cantique des Cantiques à travers les chaînes exégétiques grecques (Epitomé de Procope, chaîne de Polychronios, chaîne dite d'Eusèbe, catena Barberiniana)

(2007)

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Au 6e s., une nouvelle forme d'interprétation de la Bible est apparue dans l'Eglise grecque de Palestine: les chaînes exégétiques. Il s'agit d'éditions des livres de la Bible où le texte sacré est accompagné d'un commentaire fait de citations juxtaposées, empruntées aux exégètes des premiers siècles. Peu à peu, cette nouvelle forme d'interprétation s'est diffusée dans tout le monde byzantin, et au-delà. Elle s'est révélée d'une fécondité remarquable puisqu'elle est attestée à l'heure actuelle par plusieurs centaines de manuscrits grecs, et qu'elle est restée jusqu'à la fin de l'empire byzantin et même plus tard, dans l'Italie du 16e s. et dans les monastères du Mont-Athos. S'agissant du Cantique des Cantiques, on connaît plusieurs chaînes différentes, dont quatre sont apparentées: l'Epitomé de Procope de Gaza, la chaîne de Polychronios le diacre, la chaîne dite d'Eusèbe, et la catena Barberiniana. Le titre même de l'Epitomé de Procope indique que cette oeuvre est l'abrégé (épitomé) d'une chaîne plus ancienne, aujourd'hui perdue; la chaîne d'Eusèbe a puisé au même fonds, tandis que la chaîne de Polychronios et la catena Barberiniana sont presque entièrement extraites de l'Epitomé. L'Epitomé de Procope est de loin la chaîne la plus volumineuse et la plus riche: le texte biblique y est divisé en 123 unités ("lemmes"), que commentent un nombre variable de scholies exégétiques: entre 1 et 15. Au total, on y trouve 386 citations (appelées "scholies"), tirées des dix auteurs suivants (mentionnés selon la fréquence décroissante de leur présence dans la chaîne): Grégoire de Nysse, Nil d'Ancyre, Origène, Cyrille d'Alexandrie, Philon de Carpasia, Apollinaire de Laodicée, Théodoret de Cyr, Didyme l'Aveugle, "Théophile" (que nous proposons d'identifier au patriarche d'Alexandrie) et Isidore de Péluse; quelques scholies sont en outre attribuées explicitement à Procope lui-même. Les scholies de Grégoire sont extraites de ses Homélies sur le Cantique; celles de Nil et de Philon, de leurs Commentaires sur le Cantique respectifs, qui sont transmis par ailleurs. Les scholies attribuées à Origène proviennent de son grand Commentaire sur le Cantique, dont seuls les trois premiers livres, qui correspondent aux deux premiers chapitres du Cantique (jusque Ct 2,15), ont été traduits par Rufin. L'Epitomé se trouve donc être le meilleur témoin des exégèses de l'Alexandrin pour la plus grande partie du Cantique. Quant aux interprétations attribuées à Cyrille et à Apollinaire, elles ne sont pas transmises en-dehors de l'Épitomé. La scholie attribuée à Didyme et le texte cité sous le nom de Théophile (d'Alexandrie plutôt que d'Antioche) sont également inconnus par ailleurs. L'intérêt documentaire de l'Epitomé de Procope est donc incontestable. Mis à part Origène ( 254) et Procope ( vers 530), ces auteurs ont tous vécu à la fin du 4e s. ou au début du siècle suivant. La tradition d'interprétation alexandrine a été largement privilégiée: avec 90 scholies environ, Grégoire de Nysse fournit le fonds de la chaîne, du moins jusqu'en Ct 6,9, où s'arrêtent ses Homélies sur le Cantique. L'auteur de la chaîne (appelé "caténiste") a voulu confronter ses interprétations avec celles d'autres exégètes de la même sensibilité exégétique. La dissertation comporte deux parties. La première est intitulée Procopii Gazaei Epitome in Canticum canticorum (voir ce titre). La deuxième partie de la dissertation, intitulée L'interprétation du Cantique des Cantiques à travers les chaînes exégétiques grecques, s'efforce montrer comment le Cantique est commenté dans les quatre chaînes apparentées, et en particulier dans l'Epitomé de Procope. Elle est structurée en cinq sections. La première est consacrée au texte grec du Cantique des cantiques. On rappelle l'état de nos connaissances sur la version grecque de ce livre: il s'agit d'une traduction qui se veut littérale et stéréotypée, reste souvent peu explicite, voire peu intelligible. Bien que la traduction ait été réalisée à une époque (sans doute le 1er siècle de notre ère) où le rabbinat préconisait une lecture allégorique du Cantique, le traducteur n'a pas cherché à infléchir la traduction dans ce sens. Cette "neutralité" s'explique par le fait que la dimension religieuse du Cantique allait de soi pour le traducteur: il a pu estimer que les signes de l'interprétation allégorique fournis par le texte hébreu étaient suffisants et que le texte était par lui-même allégorique dès lors qu'il est replacé au sein des livres qui "souillent les mains". A la suite de la présentation d'ensemble de la traduction grecque, on fournit une traduction du texte, tel que l'ont compris les auteurs cités dans l'Epitomé. On montre que les lecteurs anciens ont souvent compris le texte grec à contresens de ce que semble avoir voulu dire le traducteur (un bilingue, qui avait le modèle hébreu sous les yeux). Ici se vérifie qu'une littéralisme rigide aboutit presque inévitablement à des malentendus et à des distorsions tant de style que de sens. La deuxième section décrit l'Epitomé de Procope: on en présente le contenu (nombre de scholies, auteurs cités), on montre comment les scholies se rapportent aux lemmes bibliques et comment elles en ouvrent le sens pour permettre une lecture polysémique jusque dans le détail. "Le but du caténiste a été d'élargir l'interprétation du texte biblique, en fournissant au lecteur un échantillonnage diversifié d'exégèses. Il s'agit de permettre, quand il y a lieu, la comparaison des interprétations, nullement de polémiquer, de préciser le dogme, d'élaborer une théologie, ni même d'édifier" (p. 189). L'Epitomé est donc centré sur le texte biblique lui-même, dont il fournit un commentaire technique, attentif aux variantes textuelles, aux problèmes de ponctuation, aux leçons hexaplaires, à l'élucidation du vocabulaire, à la délimitation des répliques, à l'interprétation des refrains et à l'étymologie des noms propres. La troisième section de la monographie montre comment l'auteur de l'Epitomé a traité ses sources: les uns sont cités longuement (Grégoire de Nysse et Nil d'Ancyre), les autres succinctement (Cyrille et Philon de Carpasia); les uns sont abrégés par voie d'omission (Nil d'Ancyre), les autres par voie de réécriture (Origène). Dans l'Epitomé, chaque auteur apporte sa pierre à la construction de l'édifice. Avec 90 scholies qui lui reviennent, Grégoire de Nysse constitue le fondement de l'oeuvre. Origène complète souvent l'exégèse plus individuelle de Grégoire par une note plus ecclésiale, mais il est aussi cité dans l'Epitomé comme commentateur d'Aquila, Symmaque et Théodotion. Nil d'Ancyre ajoute sa touche propre: le thème des lenteurs de la conversion de l'épouse et celui de l'union, dans le Christ, du corps humain et de la divinité; de plus, Nil est le plus grand pourvoyeur de variantes textuelles. Cyrille d'Alexandrie, Philon de Carpasia et Apollinaire de Laodicée font en quelque sorte l'appoint: Philon apporte surtout des remarques sémantiques; Apollinaire, quelques exégèses très personnelles et l'une ou l'autre leçon hexaplaire en complément de celles signalées dans les scholies origéniennes; Cyrille, une conception propre de l'action dramatique, dont la trame serait constituée par le rejet des Juifs et leur remplacement par l'Église des Nations. Grâce aux sigles d'auteurs dont le caténiste a flanqué chaque scholie, on peut facilement lire l'une à la suite de l'autre toutes les scholies qui reviennent au même auteur. On obtient alors, au moins pour les auteurs les plus longuement cités - Grégoire de Nysse et Nil d'Ancyre -, une sorte de "digest" de leur ouvrage sur le Cantique. Toutefois, le but du caténiste n'était certainement pas d'encourager la lecture continue d'un auteur, fût-ce en abrégé. L'Epitomé est au contraire destiné à permettre la confrontation des exégètes. La quatrième section se concentre sur les auteurs dont les exégèses sur le Cantique ne sont pas transmises en dehors de l'Epitomé: Apollinaire de Laodicée et Cyrille. On s'efforce de dégager le profil des écrits exégétiques d'où sont extraites les scholies attribuées à ces auteurs. On fait l'hypothèse que ces écrits étaient des commentaires très succincts, probablement discontinus (dans le cas d'Apollinaire), du genre des Scholies aux Proverbes d'Evagre le Pontique. Enfin, la dernière partie de la monographie étudie les prologues qui figurent en tête des quatre chaînes apparentées, de manière à montrer comment chacune introduit à la lecture du Cantique des cantiques. On analyse de manière détaillée des textes peu étudiés, comme la section "Cantique" de la Synopse de l'Ancien et du Nouveau Testament du Pseudo-Athanase (PG 28, 349C-357B), qu...
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Citations

Auwers, J.-M. (2007). L’interprétation du Cantique des Cantiques à travers les chaînes exégétiques grecques (Epitomé de Procope, chaîne de Polychronios, chaîne dite d’Eusèbe, catena Barberiniana). https://hdl.handle.net/2078.5/198186