On comprendra vite, à la lecture de L’universel dans les sciences morales, que la disparition de Theodor Litt (1880-1962) ait été ressentie comme la perte d’un grand pédagogue. Mais l’oubli relatif dont l’œuvre du philosophe est victime laisse en revanche perplexe. Même en considérant l’hégélianisme atypique qui l’imprègne. Même en invoquant une carrière académique accidentée — en 1937, le professeur de Bonn puis de Leipzig demande sa mise à la retraite anticipée pour manifester son hostilité à la dictature national-socialiste. Synthèse originale entre la philosophie du concept de Hegel et l’approche compréhensive des phénomènes humains de Wilhelm Dilthey, la pensée de Litt ne cesse pourtant d’interpeller la réflexion théorique touchant à la fondation et à la logique des sciences de la société et de la culture. En éclairant d’un jour nouveau les questions cruciales de l’historicité de la connaissance, de sa dimension langagière, du rôle de l’éducation ou encore des relations entre l’individu et la communauté, Theodor Litt nous invite à réexaminer un problème que d’aucuns croyaient résolu : celui des liens entre la philosophie et les sciences de l’homme.
Delmotte, F. (2005). Pas de science sans philosophie? Theodor Litt et L’universel dans les sciences morales (1941). EspacesTemps.net, 6 novembre 2005, . (NaN). https://hdl.handle.net/2078.5/197438 (Original work published 2005)