Selon le sociologue Norbert Elias (1897-1990), pour pouvoir parler d’intégration, il faut qu’il existe un « nous », une communauté d’appartenance au sens de Max Weber. Or le retour sur l’histoire longue montre qu’un décalage existe toujours entre la naissance d’une « unité de survie » et le développement d’une identité qui lui corresponde dans la conscience de ses membres. C’est ainsi plusieurs siècles parfois après la naissance de l’État, « unité de survie » cristallisant des interdépendances de divers ordres, que l’on peut véritablement parler d’« intégration nationale », avec la démocratisation de l’accès aux chances d’exercer le pouvoir dans l’État. Partant de là, la sociologie historique d’Elias propose d’aborder la question de l’intégration politique de l’Europe à l’aune de la « dynamique de l’Occident », qui semble concevoir cette intégration comme inéluctable. Dans le même temps, Elias invite à ne pas négliger la prégnance des habitus nationaux qui continuent de s’opposer au développement d’un habitus social de type post-national, moins affectif et ne reposant plus sur l’identification d’un Autre.
Delmotte, F. (2013). L’intégration postnationale : où situer la question ? Réflexion à partir de la sociologie historique de Norbert Elias. In Jean-Marc Ferry (dir.), Francis Cheneval, Florence Delmotte, Justine Lacroix, Louis Lourme, Janie Pélabay, JEan-Yves Pranchère, Tristan Storme, Etienne Tassin (ed.), L’idée d’Europe (p. p. 223-250). Presses de l’université Paris-Sorbonne. https://hdl.handle.net/2078.5/196332