Comme le rappelait fort à propos Jean-Yves Calvez dans une postface qui accompagne l’une des nombreuses rééditions de son ouvrage de 1956, chaque étude produite sur la pensée de Marx dépend tout autant d’un contexte politique que d’un environnement intellectuel. Chaque étude dépend en effet à la fois de ce qu’elle croit voir avec plus d’évidence ou de force à la faveur des événements et de ce qu’une communauté scientifique de référence considère comme fondamental ou prioritaire parmi les questions à traiter. Si Jean-Yves Calvez a écrit dans une époque marquée par l’unité dogmatique d’une oeuvre revendiquée en même temps comme une doctrine officielle, Michel Henry quant à lui a écrit dans une époque marquée par le doute post-stalinien et le besoin d’un renouveau intellectuel en rupture avec les idéologies officielles. Le marxisme althussérien est le symbole de cette nouvelle génération. Il prône une coupure dans la lecture de Marx qui est en même temps une coupure avec l’idéologie, le choix d’un anti-humanisme théorique comme condition d’interprétation du savoir pratique livré par Marx.
Maesschalck, M. (2014). Le sujet de la vie nue. Actualité du Marx de Michel Henry. In Popa Délia, Kanabus Benoit et Bruschi FAbio ( dir.) (ed.), La portée pratique de la phénoménologie. Normativité, critique sociale et psychopathologie (p. p. 288). P.I.E PETER LANG. https://hdl.handle.net/2078.5/194450