Les machines désirantes ne meurent pas: la mort impersonnelle et sentiment d'éternité

Lebedev, Oleg
(2015) Gilles Deleuze and Félix Guattari: Refrains of Freedom — Location: Athènes (Grèce) (24.April.2015)

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  • Lebedev, OlegUCLouvain
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Comme point de départ de la théorie de l’inconscient, il y a l’idée que le corps sans organes entretient avec les pièces travailleuses que sont les objets partiels un rapport ambivalent d’attraction/répulsion. La condition de l’inconscient machinique est alors la mort qui désire, le CsO comme moteur immobile qui nous force sans cesse à déposer les organes ; mais le fonctionnement de ce même inconscient est la vie qui désire, la réappropriation des organes miraculés par le corps sans organes lui-même. La grande santé du cycle des machines désirantes est ce passage, cette conversion même, où le mouvement est à double sens : tantôt la remontée de l’état catatonique où l’intensité est à son degré zéro vers une expérimentation de devenirs et sentiments intenses, tantôt la redescente à partir de toute intensité vers la mort qu’elle enveloppe et qui la fait naître. La présente communication se propose d’éclairer la difficile théorie de la double mort, de la mort comme modèle et de la mort comme expérimentation, que Deleuze et Guattari empruntent à Blanchot. Comment la mort véritable délie et défait-elle tout sujet en le reconduisant au corps sans organes qui le fait être ? Quelle est cette mort qui n’a rien à voir avec moi et sur laquelle je n’ai aucun pouvoir ? En quoi cette annihilation est-t-elle toute différente du nihilisme passif qui consiste à vouloir disparaître et se fondre dans un monde indifférencié ? Plus particulièrement, on sera attentif à l’affirmation que les machines désirantes ne meurent pas, et au lien qu’elle établit avec l’idée spinoziste d’un sentiment d’éternité. Dans l’épreuve éthique, je peux en effet former une idée adéquate de moi-même, en distinguant mon essence éternelle de mon existence dans la durée. On dira alors que la mort est certes nécessaire, mais d’une nécessité qui appartient aux accidents qui viennent du dehors. Dans des pages très belles, d’un grand pouvoir de consolation, Spinoza nous invite alors de cesser de penser la mort comme intérieure, puisque décomposant seulement le « moi » produit par les parties extensives qui définissent notre existence dans la durée, elle ne concerne ni notre essence singulière éternelle, ni nos rapports. Si l’homme libre ne pense rien moins qu’à la mort, il doit pourtant sans cesse convertir la mort qui monte au-dedans en une mort qui viendra du dehors, de sorte que l’Anti-Œdipe rejoigne la vieille tradition selon laquelle philosopher, c’est apprendre à mourir. Plus nous formons d’idées adéquates, plus nous expérimentons de joies actives, plus grande est la partie qui persiste et reste active, plus petite est la partie qui meurt et qui est touchée par le mauvais.
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Lebedev, O. (2015). Les machines désirantes ne meurent pas: la mort impersonnelle et sentiment d’éternité. Gilles Deleuze and Félix Guattari: Refrains of Freedom, Athènes (Grèce). https://hdl.handle.net/2078.5/193859