Incommensurability and rational inquiry : context-sensitivity and realism reconciled in light of Putnam’s pragmatist theory of knowledge

Guillermin, Mathieu
(2016)

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  • Guillermin, MathieuUCLouvain
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Dedeurwaerdere, Tom
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(fr) Ce travail vise à proposer une interprétation de la notion d’incommensurabilité (telle que développée par Kuhn) qui fasse droit tant à la sensibilité au contexte qu’au réalisme. Initialement, Kuhn a déployé cette notion afin de critiquer les approches positivistes, selon lesquelles la science est comprise comme une entreprise cumulative visant le dévoilement de l’ontologie fondamentale de la réalité, entreprise guidée par une méthode universelle – qui mobilise uniquement la logique et les données prétendument neutres de l’observation empirique. Kuhn oppose à ce type d’approche une image contextualisée de la science. Pour lui, la science repose, de façon irréductible, sur des paradigmes socialement, culturellement et historiquement situés (fournissant notamment les systèmes de catégories conceptuelles ainsi que les standards pour l’évaluation des théories). Selon Kuhn, l’évolution de la science est ponctuée de crises et révolutions au cours desquelles de nouveaux paradigmes prennent la place de leurs prédécesseurs. Plus récemment, un regain d’attention a été accordé à la notion d’incommensurabilité avec l’essor des recherches inter- et trans-disciplinaires qui conduisent à rapprocher différents systèmes de catégories et différentes méthodologies. Néanmoins, la notion d’incommensurabilité est l’objet d’intenses débats et ses conséquences philosophiques et épistémologiques demeurent controversées. En particulier, l’élaboration d’une interprétation réaliste bien que sensible au contexte de l’incommensurabilité requiert un approfondissement de questions telles que celles du réalisme, de la vérité ou encore de la signification et de la référence des termes langagiers. Dans cette perspective, l’approche proposée fait appel au travail philosophique de Putnam. Sa trajectoire intellectuelle, partant du réalisme métaphysique pour arriver au réalisme pragmatique ou réalisme du sens commun (en passant par la période intermédiaire du réalisme interne) est examinée en détail. D’importantes continuités et ruptures sont mises en évidence avec, notamment, l’étape cruciale constituée par la critique de la compréhension interfaciale de la conception et de la perception (qui conduit à une sorte d’antinomie du réalisme). Les positions récentes de Putnam concernant le réalisme, la vérité et la référence sont ensuite synthétisées pour construire ce que nous appelons ‘la théorie pragmatiste de la connaissance de Putnam’. Cette théorie de la connaissance intègre deux caractéristiques importantes. Premièrement, la réalité (indépendante de l’esprit) y est reconsidérée à travers une seconde naïveté. La réalité peut alors être reconnue comme étant de nombreuses manières différentes selon des points de vue différemment situés. Deuxièmement, la théorie pragmatiste de la connaissance de Putnam fait droit à la sensibilité au contexte qui est à l’œuvre au sein des processus sémantiques mobilisés dans l’élaboration des discours rationnels. Sur la base de cette théorie de la connaissance, une approche pragmatiste de l’enquête rationnelle est développée en insistant sur le rôle irréductible et indispensable joué par les influences contextuelles. Il est alors montré que ce rôle est double. Tout d’abord, des enquêtes rationnelles enracinées dans différents contextes peuvent se focaliser sur différents domaines d’investigations (c’est-à-dire sur différents groupes d’entités réelles étant de manières spécifiques selon des points de vue situés). De plus, ces enquêtes rationnelles peuvent admettre différentes méthodologies (ou différents systèmes stipulant les caractéristiques que doit posséder tout discours rationnellement admissible), et donc produire des discours divergents. A partir de cette image générale de l’enquête rationnelle comme processus de production de connaissance sensible au contexte, les phénomènes d’incommensurabilité peuvent être reconstruits comme se tenant entre des investigations enracinées dans différents contextes qui, sous la direction de méthodologies incompatibles, produisent des discours divergents (et potentiellement incompatibles) à partir de termes et expressions partagés. Une approche sensible au contexte et néanmoins réaliste est alors développée au sein de laquelle de tels phénomènes d’incommensurabilité peuvent être interprétés soit dans une perspective « conflictuelle » comme des imperfections cognitives (lorsque les enquêtes sont focalisées sur les mêmes domaines d’investigation), soit dans une perspective « complémentaire » comme légitimes et significatifs (lorsque les enquêtes sont focalisées sur différents domaines d’investigation). Cette approche est finalement déployée pour réconcilier incommensurabilité et réalisme scientifique.
Affiliations

Citations

Guillermin, M. (2016). Incommensurability and rational inquiry : context-sensitivity and realism reconciled in light of Putnam’s pragmatist theory of knowledge. https://hdl.handle.net/2078.5/184185