Invention de la terre et production des « anormaux » dans le dispositif foncier en Afrique : penser le pouvoir et la résistance à l’accaparement des terres en Afrique des Grands Lacs

Nyenyezi Bisoka, Aymar
(2016)

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  • Nyenyezi Bisoka, Aymarorcid-logoUCLouvain
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Ansoms, An
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(fr) A partir des pratiques d’accaparement des terres par les élites locales en Afrique des Grands Lacs, ce travail propose un double renversement de la manière dont sont pensées les dynamiques d’accès à la terre en Afrique subsaharienne. Tout d’abord, si jusqu’à présent la socio-anthropologie foncière africaine a pensé les dynamiques foncières à partir de l’approche de l’acteur stratégique, c’est parce qu’elle présuppose que l’accès à la terre est régi par des rapports de pouvoir composés exclusivement des stratégies des acteurs. Or, l’observation de terrain montre que ces stratégies n’opèrent qu’à partir du moment où elles arrivent à s’articuler avec un système discursif ou structural de légitimation. En d’autres termes, pour accéder à la terre, les élites ont recours à la contrainte physique, au discours, à des systèmes de différentiation et aux techniques de gouvernement (modalité stratégique d’accès) légitimés par l’idée de l’État, l’appropriation privative des terres et l’orientation productiviste de l’usage des terres (modalité structurale d’accès). Ensuite, au lieu de penser ces stratégies simplement comme un moyen pour les élites d’atteindre leurs buts, ce travail propose de voir, à partir de ces stratégies, la manière dont les dispositifs de pouvoir tentent de constituer les paysans en sujets. En effet, l’observation des dynamiques foncières entre 1885 et 2016 révèle que la construction de la terre passe par un processus de production des savoirs, des institutions et des pratiques déterminant qui peut accéder à la terre. Il s’agit d’une tentative de normalisation des relations autour de la terre à laquelle les paysans devraient se conformer. La désignation des paysans contestataires comme anormaux justifie leur répression et montre en même temps leur refus d’assujettissement. Finalement, à partir de l’étude de l’accaparement des terres comme élément constitutif de la modernité politique, ce travail propose une critique post-coloniale du projet anthropologique de création des sujets ruraux devant se conformer au dispositif néo-libéral plus global. Dès lors, le travail propose des nouvelles bases pour une politique de la terre qui parvienne à penser ensemble les rapports de pouvoir et un accès juste à la terre.
Affiliations

Citations

Nyenyezi Bisoka, A. (2016). Invention de la terre et production des « anormaux » dans le dispositif foncier en Afrique : penser le pouvoir et la résistance à l’accaparement des terres en Afrique des Grands Lacs. https://hdl.handle.net/2078.5/183972