(fr) L’ambition première de cette thèse est de mettre au jour toute la potentialité de la théorie évaluative deweyenne pour la philosophie contemporaine. Dans les premiers chapitres de la thèse, nous examinons la stratégie fondationnelle offerte par Jürgen Habermas. Nous critiquons, à partir de la théorie de la perception de Charles Sanders Peirce, l’analogie que trace Habermas entre vérité assertorique et validité morale dans son livre Vérité et justification (1999). Cette étude nous mène à mettre en doute le cognitivisme universaliste à la base de l’épistémologie morale habermassienne (le fait que nos jugements moraux soient susceptibles de transcender leur contexte d’énonciation). Afin de proposer une alternative à la position habermassienne, nous opérons un examen approfondi du concept « d’évaluation » que défend le pragmatiste John Dewey. Après avoir clarifié les grandes lignes de cette conception – en la comparant à l’autre grande tradition anglo-saxonne du début du XXe siècle : le positivisme logique – nous avançons une hypothèse interprétative novatrice : celle selon laquelle la théorie de l’évaluation que propose Dewey constitue une forme précoce de constructivisme métaévaluatif (la théorie selon laquelle la validité de nos jugements moraux dépend avant tout d’un « point de vue pratique »). À la lumière des écrits de Sharon Street, nous soutenons que l’approche de Dewey contient tous les éléments cruciaux à une telle qualification et offre des bases avant-gardistes pour une théorie évaluative convaincante. Une question épistémologique cruciale reste néanmoins en suspens chez Dewey : de quelles manières pouvons-nous mettre en doute la vérité – ou la validité – d’un jugement évaluatif ? L’objectif des chapitres finaux est de lier l’éthique de la discussion habermassienne et le constructivisme de Dewey. Notre hypothèse est que toute théorie évaluative à saveur normative se doit d’intégrer, en son sein, la force conceptuelle de l’argumentation pratique.