La question qui se trouve au centre de mes recherches actuelles est la suivante : quelles sont les conditions nécessaires pour penser une transformation de la théorie et de la pratique psychiatriques qui ait des effets positifs pour les personnes affectées par la maladie mentale ? Une des stratégies adoptées pour répondre à cette question consiste à produire, grâce à l’interaction entre les différentes disciplines (la biologie, les neurosciences, les humanités médicales, la phénoménologie, l’anthropologie, l’ethnographie, la psychanalyse, etc.), une image plus complète de l’objet de la psychiatrie. Or la transformation peut-elle résulter d’une simple accumulation de points de vue distincts sans que leur objet commun en soit affecté ? Ne faudrait-il pas plutôt penser à la possibilité d’une transgression des différents types de savoir à travers leur rencontre, plus précisément à l’élaboration d’une forme de réflexivité qui travaillerait de l’intérieur la modalité du rapport à l’expérience faite par autrui ? C’est dans ce cadre général que je me penche sur le projet de l’ethnopsychiatrie clinique de T. Nathan. Dans la mesure où l’ethnopsychiatrie n’est pas une sorte de psychiatrie régionale applicable à d’« autres », jusque-là inconnus, objets d’étude, elle ne se limite pas à élargir le champ de la psychiatrie. Mon hypothèse est que l’apport de l’ethnopsychiatrie consiste à déstabiliser la possibilité même d’avoir une image fixe de l’objet de la psychiatrie par le fait qu’elle propose une forme de pratique et de réflexivité fondamentalement transgressives, basées sur la nouvelle compréhension du processus d’analyse que T. Nathan présente sous le nom de l’ethnopsychanalyse.
Sholokhova, S. (2016). L’apport de l’ethnopsychanalyse pour penser la possibilité d’une transformation de la psychiatrie. L’école d’été « Philosophies européennes et décolonisation de la pensée », Université de Toulouse. https://hdl.handle.net/2078.5/179901