L’unité du sentant et du senti dans l'expérience de l'art chez Deleuze et Maldiney

Lebedev, Oleg
(2018) De l’esthésiologie. La réappropriation du sensible et du sensoriel dans la littérature et les arts des XXème et XXIème siècles — Location: Louvain-la-Neuve (Belgique) (15.March.2018)

Files

No attached file found for this publication.

Details

Authors
  • Lebedev, OlegUCLouvain
    Author
Abstract
Ce que Deleuze, à la suite de Maldiney, choisit d’appeler « le sentir » pour marquer la différence avec « la sensation », c’est non plus ce qui qui rapporte les qualités sensibles à un objet identifiable, mais la constitution d’un champ autonome et consistant valant pour chaque qualité (par exemple : champ sonore, champ de lumière et de couleurs). L’objet de la présente étude est de montrer en quoi la création de tels champs ou blocs de sensations est affaire de l’art. Plus particulièrement, il s’agira d’identifier les thèses de Deleuze qui justifient son ambition de surmonter la dualité propre à l’esthétique, où la théorie de la sensibilité et la théorie de l’art n’ont de points de rencontres que contingent. Pour procéder avec rigueur, la démonstration doit s’opérer comme suit : (1) il y a un privilège des expériences où ce qui force à sentir et ce qui ne peut être que senti sont une seule et même chose, puisque seuls eux possèdent en eux les griffes de la nécessité, (2) l’affaire de l’art (quand il cesse d’être mauvais) est de créer de tels événements, c’est-à-dire de fabriquer ces blocs de sensation consistants et nécessaires ; (3) l’objet rencontré dans l’expérience artistique ne sont pas les formes, mais les puissances du saut, du rythme, et de l’intervalle, autrement dit l’« intensité », (4) puisque cette différence dans l’intensité élève la sensibilité à son exercice supérieur, c’est en définitive la sensibilité qui communique sa violence et sa nécessité à la pensée. La conséquence directe de ces thèses est double, et prouve l’importance d’une esthésiologie dans le champ de la philosophie. Premièrement, puisque l’expérience artistique s’inscrit en exception par rapport à la simple expérience représentative, elle fait de la sensibilité l’origine de toute pensée. Deuxièmement, puisque le sentir est simultanément tourné vers le sujet (le système nerveux) et vers l’objet (le bloc de sensations), il implique de repenser le couple conceptuel qui semblait jusque-là dominer l’histoire de la pensée occidentale et qui continue d’être présupposé par toutes les « revalorisations » du sensible : celui du sujet et de l’objet. En effet, le propre du sentir est de nous faire accéder à une unité du sentant et du senti qui dépasse l’idée d’une intuition qui serait la réception passive du monde par une conscience. Si l’art a cette capacité de devenir un procès intensif de capture de forces au lieu d’une représentation de formes, il sera apte à nous donner des vérités plus profondes et plus belles que les vérités de l’intelligence, apte aussi à nous faire atteindre un point où l’esprit est le plus proche de la matière. Au lieu de la monotonie qui opposa depuis des siècles l’intelligible et le sensible, le sujet et l’objet, revenir à ce fond obscur qui met le sentir au cœur de la pensée même, penser ce rythme que nous sommes et qui nous fait advenir comme « sujets ». Unir le sentant et le senti, se noyer dans la musique, entrer dans le tableau, vibrer par la danse, être regardé par l’installation au lieu de la voir : autant de conquêtes par lesquelles nous devenons les maîtres de déformations, et accédons à une pensée nécessaire.
Affiliations

Citations

Lebedev, O. (2018). L’unité du sentant et du senti dans l’expérience de l’art chez Deleuze et Maldiney. De l’esthésiologie. La réappropriation du sensible et du sensoriel dans la littérature et les arts des XXème et XXIème siècles, Louvain-la-Neuve (Belgique). https://hdl.handle.net/2078.5/177088