Les spécialistes des sciences du langage éprouvent parfois quelques réticences à l’idée de faire de la « politique linguistique ». Ils ne sont pas les seuls : le sens commun répugne généralement à l’idée que les pratiques langagières puissent, d’une manière ou d’une autre, être régentées par des politiques de la langue. En dépit (ou à cause ?) de cette double réticence – celle des linguistes et celle du « sens commun » – il nous paraît essentiel que les spécialistes des sciences du langage soient présents dans les débats de politique linguistique, non seulement parce que les absents ont toujours tort, mais aussi parce les questions de nature linguistique charrient un nombre considérable de stéréotypes, d’idées toutes faites, alimentant un imaginaire linguistique qui tient lieu parfois de cadre d’analyse. En outre, il serait paradoxal de prétendre analyser les relations entre langue et société tout en se gardant bien d’intervenir dans les débats où ces rapports sont au cœur même de la problématique. Cette contribution illustre ce possible apport des linguistes dans le domaine des relations entre langues minoritaires et langues hégémoniques, avec, en toile de fond, la gestion de la diversité linguistique. Après quelques mises au point qui balisent notre réflexion, nous nous focalisons sur l’analyse d’une proposition récemment émise par Philippe Van Parijs (2001), lequel suggère, en guise de protection ultime des minorités, l’application généralisée d’un principe bien connu en Belgique, le principe de territorialité.
Francard, M., & Hambye, P. (2003). Des langues minoritaires et des hommes. Aspects linguistiques, identitaires et politiques. In Paul-Augustin Deproost et Bernard Coulie (ed.), Les langues pour parler en Europe. Dire l’unité à plusieurs voix. (p. p. 29-57). L’Harmattan. https://hdl.handle.net/2078.5/153361