Il se lève et dit : « Puisque c’est le quart d’heure de la Nasa, je vais fumer une cigarette dehors. » C’est que les discussions de ses collègues qui, à un moment ou un autre de la réunion, finissent toujours par évoquer leurs problèmes d’ordinateur ou les performances de leurs machines à grand renfort de termes techniques, ont le don de l’exaspérer. Loin de nous l’idée de présenter ici un dossier « Nasa » à nos lecteurs, qui, au vu du sujet, n’auraient qu’une idée : s’esquiver. C’est déjà assez pénible de devoir se battre au quotidien avec un engin rétif, sujet à des pannes. Le technicien, qu’on a fini par appeler de guerre lasse, se livre en silence à toute une série de manipulations. Interpellé par un « c’est grave ? » qu’on tente de dire d’un ton détendu, il marmonne « crois pas ». Enhardi, on lui demande quelle est l’origine de la panne. Il hausse le sourcil, quelle drôle d’idée de vouloir comprendre. « Ma foi, je n’en sais trop rien, vous savez cela n’arrive jamais… ou presque jamais. » S’il faut en plus s’intéresser à ce que l’ordinateur a dans le ventre, aux programmes informatiques qui le font fonctionner… tournons les pages de ce dossier. Pourtant, au-delà des apparences, rien dans ce dossier consacré aux logiciels libres qui soit une plomberie sophistiquée de plus n’intéressant dès lors que des « spécialistes ». Au contraire, derrière cette façade technologique se joue une mutation sociale majeure, qui induit une transformation des rapports de coopération entre les individus, des rapports inédits à la connaissance et à sa production. Cet ensemble, coordonné par Vincent Guffens et Mathieu Hilgers, visera à décoder cet enjeu d’une importance cruciale dans la réélaboration des relations entre individus et dans la diffusion de la culture.
Kwaschin, J., & Servais, O. (2005). Pour les logiciels libres. La revue nouvelle, 6-7, 20-23. https://hdl.handle.net/2078.5/151421 (Original work published 2005)