La surveillance partagée et capitalisée : ethnographie d’une prison en RD Congo

Kakule Kinombe, Charles
(2019)

Files

ThèseCharlesKakuleKinombe.pdf
  • Open Access
  • Adobe PDF
  • 2.44 MB

Details

Authors
  • Kakule Kinombe, CharlesUCLouvain
    author
Supervisors
Kaminski, Dan
Abstract
(fr) Le maintien de l’ordre et de la sécurité constitue la mission principale de l’institution carcérale. La présente recherche analyse comment cette mission est assurée à la prison centrale de Bukavu en dépit de l’insuffisance du personnel pénitentiaire et de la surpopulation carcérale. Le but est d’identifier les acteurs impliqués dans cette mission en mettant en évidence les pratiques qu’ils développent et les logiques qui les sous-tendent, sans oublier les réactions des détenus face à ces pratiques, en s’appuyant sur la théorie de l’acteur social de Christian Debuyst (1990) d’une part, sur la théorie de l’analyse stratégique de Crozier et Friedberg (1977) d’autre part, et enfin sur la notion d’adaptations secondaires de Goffman (1968). Les résultats de cette étude montrent non seulement que la surveillance à la prison centrale de Bukavu est partagée et capitalisée, mais aussi que l’ordre carcéral est imposé et négocié. Reposant sur un matériel ethnographique, ce travail met en exergue l’existence de deux administrations (celle du personnel officiel et celle du personnel détenu) qui concourent au maintien de l’ordre carcéral. Il démontre que la présence du personnel détenu, non reconnu par les textes juridiques, dans l’administration pénitentiaire congolaise, n’est pas synonyme de dysfonctionnement dans la mesure où elle contribue à la fourniture des services que l’État est incapable d’assurer. Il s’agit d’une structure utile pour le bon fonctionnement du système carcéral congolais bien qu’elle présente quelques désavantages liés au traitement dégradant et à l’exploitation des détenus. Cette étude présente une diversité des pratiques dont la plupart s’inscrivent dans une logique de « capitalisation » qui traduit la « face insécurisante » et « insécurisée » du personnel pénitentiaire et fait apparaitre la prison moins comme une instance pénale que comme une « unité de production économique » ou un « lieu de survie ». Par ailleurs, cette étude démontre qu’en dépit du fait que la prison soit un espace de contrainte, il est impossible de la faire fonctionner sur la seule base de la contrainte car elle peut inciter les détenus à la révolte. La prison apparait ainsi, non seulement comme un espace de contrainte, mais aussi comme un « lieu de négociation ». Bien que les détenus se trouvent dans une position d’assujettissement face aux agents pénitentiaires, ils développent néanmoins des tactiques d’adaptation et de résistance individuelles et collectives.
Affiliations
  • Institution iconUCLouvainSSH/JURI/PJPC - Droit pénal et criminologie

Citations

Kakule Kinombe, C. (2019). La surveillance partagée et capitalisée : ethnographie d’une prison en RD Congo. https://hdl.handle.net/2078.5/127174