(fr) La thèse explore les pratiques des riverains de la rivière de Cavaillon-Haïti face aux crues et inondations. Elle analyse la capacité de ces populations confrontées à un environnement d’incertitude socio-écologique et économique à continuellement recomposer leur espace de vie après chaque inondation. Privilégiant une posture épistémologique flexible nourrie d’un va-et-vient incessant entre terrain et théorie, la thèse documente, à l’aide d’une démarche compréhensive, des pratiques endogènes d’alerte et de prévention, de survie et de secours et des pratiques de reconstruction post-inondation. Les résultats dévoilent des pratiques qui s’éloignent des clichés classiques où des riverains passifs et vulnérables ne font que subir les rigueurs du risque-inondation. Cette vision dominante de la gestion étique des désastres naturels qui déploie secours et assistance en urgence et prône l’apprentissage du riverain vulnérable à une « culture du risque » et de la « résilience » contraste avec les pratiques locales observées et la conception émique des riverains interrogés. Livrés à eux-mêmes, ceux-ci expérimentent la « cohabitation avec la rivière » et reconstruisent leur espace de vie en fonction des ressources à leur disposition. Ces pratiques nées au contact des inondations traduisent aussi la volonté du riverain de se prendre en charge, de se construire, de s’inventer comme sujet capable de rebondir. Chaque acte posé est la concrétisation de sa capacité à faire face qui, loin de toute idéalisation et de toute surestimation dont il est le premier conscient, participe au processus de sa constitution comme sujet de son présent et de son devenir.
Foucault, H. (2020). Les pratiques locales à l’épreuve des crues de la rivière de Cavaillon-Haïti : l’exemple des populations de Dory et Grand-Place. https://hdl.handle.net/2078.5/117807