(fr) Que signifie être un intellectuel ? Qui sont les intellectuels et quelle est leur fonction dans la société ? Cette thèse vise à apporter des réponses à ces questions en élaborant un concept d’« intelligence » entendue comme un type spécifique de savoir normatif – que j’appelle savoir intellectuel –, ou capacité d’effectuer une intervention intellectuelle. Cette dernière notion désigne une action qui, par des moyens épistémiques (c'est-à-dire non coercitifs), fait agir d’autres de manière autonome et rationnelle dans une situation donnée en fournissant des modèles de comportement et de pensée trans-contextuellement valides basés sur certaines valeurs et visions du monde. Sur la base de ces considérations, et contre les définitions standard et élitistes des intellectuels, je soutiens que toute personne, groupe ou organisation qui détient un tel savoir et assume ainsi une fonction intellectuelle doit être considéré comme un intellectuel. Cette conception est présentée à travers une interprétation de la sociologie de la connaissance et de la sociologie des intellectuels de Karl Mannheim (crédité d’être le fondateur de ces domaines), que je vois comme convergeant vers une sociologie de l’intelligence. À l’encontre de la plupart des lectures classiques des travaux de Mannheim sur ces questions, je soutiens que les thèses susmentionnées concernant l’intelligence découlent logiquement d’une interprétation de ses écrits capable de reconnaître et de mettre en évidence leurs dimensions réflexive, transdisciplinaire et dissidente. En effet, la sociologie de l’intelligence de Mannheim, en tant que « mouvement scientifique/intellectuel dissident », remet radicalement en question la manière alors et actuellement dominante de concevoir la pratique des disciplines académiques et l’idée de savoir (non-intellectuel) qu’elle véhicule implicitement. En restituant à Mannheim la place qu’il mérite dans l’histoire de la sociologie de la connaissance et de la sociologie des intellectuels, cette thèse vise également à fournir un cadre théorique dans lequel cette dernière question de la dimension intellectuelle de la connaissance académique peut être formulée et discutée d’une manière productive.