Au début de la colonisation, le français, langue étrangère, n’a pas pour autant été enseigné comme tel. Dispensé dans une perspective messianique et assimilationniste comme le véhicule d’une culture universelle, civilisatrice et élévatrice à des êtres dont la culture et la langue furent presque perçues comme une tabula rasa, il s’est cristallisé dans une forme standard comme la seule langue de la rationalisation administrative, politique, juridique et scolaire et de la scientificité contre les langues premières des Burkinabè. Aujourd’hui, les méthodologies en cours au Burkina Faso restent encore fortement marquées par la période coloniale, résistant à l’exigence identitaire, renforçant les inégalités socioculturelles creusées dès les débuts de la colonisation par l’institution scolaire, inadéquates au contexte linguistique du pays qui a fortement évolué depuis l’arrivée des colons, présentant une francophonie plurielle qui va bien au delà de la seule norme standard enseignée. Notre article a pour finalité de faire surgir d’une description sociolinguistique du Burkina Faso et d’un état des lieux de l’enseignement du français tel qu’il s’est construit et tel qu’il fonctionne encore aujourd’hui quelques grandes lignes de réflexion d’une didactique du français langue seconde contextualisée, c’est-à-dire qui répondrait à la situation socio(ethno)linguistique du Burkina Faso et, par conséquent, aux deux facteurs que nous aurons dégagés au cours de notre analyse: le rapport à soi et la relation au pouvoir qui nous semblent déterminants dans le cadre de l’enseignement/apprentissage des langues parce que celles-ci, d’autant plus lorsqu’elles sont secondes, induisent les problématiques de l’identité et du pouvoir.