Proximité spatiale et interactions médiées par l’écran : la possibilité d’une relation distendue mais opérante entre habitant.e.s via les groupes Facebook « J’aime ma commune ».

(2022) Colloque IMPEC 2022: L’espace au prisme des écrans — Location: ENS Lyon (6.July.2022)

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Notre proposition de communication souhaite présenter une réflexion sur les pratiques de sociabilité à l’échelon local médiées par les groupes Facebook « J’aime ma commune »1, espaces de discussion numériques créés à l’initiative d’habitant.e.s permettant l’émergence de pratiques relationnelles spontanées entre résidant.e.s de territoires locaux. Dans quelle mesure les dispositifs numériques reconfigurent-ils les éventuelles relations de voisinage nouées « hors-ligne » ? D’avril à septembre 2020 nous avons mené une ethnographie en ligne de neuf groupes Facebook consacrés à neuf localités de Mons, commune de Belgique francophone comptant une population de 95.000 habitant.e.s et composée de Mons-ville et de 18 autres villages/petites villes alentours. Nous avons complété cette collecte de données par 15 entretiens semi-directifs auprès des membres et administrateurs/-trices de ces groupes. Les résultats de notre étude montrent que l’apparition des groupes Facebook n’a pas significativement modifié le type de relations « hors-ligne » et ne conduit pas nécessairement à nouer des relations étroites, ce que Michel Bozon (1984, p.265) appelle un « système d’interconnaissance lâche ». Nous verrons malgré tout que le numérique, ne faisant que reproduire fidèlement la qualité des « relations de proximité à distance » tissées en face-à-face, offre toutefois un cadre propice à l’approfondissement des liens faibles entre villageois.es, en permettant un contact à la fois ténu mais régulier sans nécessité d’un fort engagement dans l’entretien de ce contact. Le digital permet en effet une sorte de mise en veille et d’archivage de ces contacts, pouvant à tout moment être réactivés (Cardon & Smoreda, 2014). Enfin, nous ouvrirons une piste de réflexion sur la question du maintien/de la perte de l'anonymat, présenté par Colette Pétonnet (1987) comme une "pellicule protectrice" désinhibant les individus lorsqu'il s'agit de discuter avec de parfaits inconnus dans un espace public. Si de telles pratiques de sociabilités sont favorisées par un contexte où il existe peu de chances de se recroiser par la suite, la situation de proximité spatiale et de cohabitation que nous étudions invite à repenser l'anonymat en des termes différents, en ceci qu'il peut devenir un enjeu d'évitement du contrôle social des autres habitant.e.s, et qu'il se combine dès lors difficilement avec le développement d'une convivialité entre voisin.e.s. Mais qu'en est-il lorsque ces interactions sont et restent médiées par les écrans? La combinaison entre anonymat et sociabilité ne trouve-t-elle pas un moyen de se réaliser au sein de ces groupes Facebook? 1 Cette expression est reprise d’un reportage du média belge francophone RTBF effectué en 2014, suite au succès grandissant de ces groupes : https://www.rtbf.be/info/medias/dossier/tout-sur-facebook-et-les-reseaux-sociaux/detail_focus-les-groupes-facebook-j-aime-ma-commune?id=8237948 SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES Banos V., Candau J., Baud A.-C., « Anonymat en localité - Enquête sur les relations de voisinage en milieu rural», Cahiers internationaux de sociologie, 2009, vol.127, p. 247-267. Bourdin A., La question locale, Paris, PUF, 2000. Bozon M., Vie quotidienne et rapports sociaux dans une petite ville de province - La mise en scène des différences, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1984. Cardon D., Smoreda Z., « Réseaux et les mutations de la sociabilité », Réseaux, 2014, vol.184-185, n°2-3, p. 161-185. Chamboredon J.-C., Lemaire M., « Proximité spatiale et distance sociale. Les grands ensembles et leur peuplement », Revue française de sociologie, 1970, vol. 11, p. 3-33. Guélin T., « Bruits anonymes et de voisinage », Les Annales de la Recherche Urbaine, PUCA, 2001, vol. 90, p.93-102. Pétonnet C., «L’anonymat ou la pellicule protectrice », Le temps de la réflexion, 1987, t. 8 : La ville inquiète, Paris, Gallimard, p. 247-261.
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Citations

Amand, L. (2022). Proximité spatiale et interactions médiées par l’écran : la possibilité d’une relation distendue mais opérante entre habitant.e.s via les groupes Facebook « J’aime ma commune ». Colloque IMPEC 2022: L’espace au prisme des écrans, ENS Lyon. https://hdl.handle.net/2078.5/104498