Érigée en moins d’un an, la tour Brunfaut, première tour de logements à ossature métallique de Bruxelles, fait preuve d’une exceptionnelle économie de moyens et de matériaux, témoignage rare d’une époque où l’efficacité prédominait sur la performance. Son architecture fine, élancée et l’écriture de ses façades lui confèrent une identité résolument moderne. En dépit de certaines qualités, elle a pourtant essuyé une réception difficile… Ses habitants l’ont surnommée « la boîte en carton ». Depuis plus de vingt ans, des voix s’élèvent contre les conditions d’inconfort et d’insalubrité au sein du bâtiment. En effet, la dimension expérimentale de certains choix constructifs et techniques, ajoutée au manque d’entretien et de maintenance, contribue à rendre méconnaissables ses qualités intrinsèques. De longues tergiversations et une étude de faisabilité menée par Lacaton, Vassal et Druot ont finalement conduit à la rénovation lourde et irréversible de la tour, encourageant subrepticement l’avènement d’une « nouvelle image », tout en lui conservant son empreinte symbolique dans le paysage bruxellois. Cette contribution monographique met en lumière un certain nombre d’incompatibilités entre les volontés énoncées et les contraintes programmatiques imposées. En conséquence de quoi les concepteurs ont peiné à conjuguer l’ensemble des objectifs énoncés en un tout cohérent, équilibré, et le patrimoine s’en retrouve aujourd’hui définitivement affecté. C’est également l’occasion d’ouvrir une fenêtre sur l’actualité bruxelloise et de mettre en lumière les « politiques interventionnistes » sur le patrimoine bâti d’après-guerre dont la tour Brunfaut de Julien Roggen est un exemple – regrettablement – emblématique.