Antiquité(s), antiquarisme et identité locale à Arlon (16e-18e siècles)

(2022) Cycle de conférences scientifiques en l’honneur du 175e anniversaire de l’Institut archéologique du Luxembourg — Location: Arlon (Achives de l’Etat) (1.December.2022)

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Si l’archéologie se développe en tant que discipline scientifique au 19e siècle, elle puise en bonne partie ses racines dans les pratiques « antiquaires » qui apparaissent en Italie à partir du 14e siècle, puis gagnent le reste de l’Europe dans la seconde moitié du 16e siècle. L’antiquarisme propose une nouvelle approche du passé, fondée sur une analyse des vestiges matériels qui ont traversé les âges et qui permettent de mieux comprendre l’histoire d’une région. Cette approche consiste en une observation personnelle et en une description minutieuse de ces traces matérielles, à leur mise en série avec des vestiges similaires et à leur croisement avec les sources textuelles. Rejetant les traditions locales et les recherches étymologiques infondées, l’antiquarisme constitue une véritable rupture par rapport à l’étude du passé telle qu’elle était menée jusqu’alors. Après une brève introduction relative au développement de l’antiquarisme (en général, puis spécifiquement dans les Pays-Bas méridionaux), l’exposé se focalisera sur le cas arlonais. Ce cas d’étude s’avère particulièrement intéressant, puisque le passé antique d’Arlon était bien attesté, en ce compris au Moyen Âge. La plupart des auteurs modernes n’accordent pourtant qu’un intérêt limité à la ville car ils estiment, à l’instar d’Abraham Ortelius et Jean Vivianus (1584), qu’il ne reste que peu de ruines de ce passé du fait des aléas du temps et des guerres. Beaucoup pointent également l’action de Pierre-Ernest de Mansfeld (1517-1604), gouverneur du duché de Luxembourg, qui aurait dépouillé Arlon de ses antiquités afin d’orner son château de Clausen. Les recherches menées par l’antiquaire jésuite Alexandre Wiltheim (1604-1684) démontrent cependant qu’il subsistait bien des traces matérielles de ce passé romain, sources que l’érudit étudie avec minutie pour tenter de comprendre le rôle qu’Arlon jouait durant l’Antiquité. Ce faisant, il n’hésite pas à mobiliser son réseau de contacts, aussi bien dans le duché de Luxembourg qu’à l’étranger. L’étude du contenu de son manuscrit constitue un exemple significatif de la pratique « antiquaire » moderne. En ce sens, son analyse des vestiges du supposé « autel à la Lune », qui aurait selon la tradition locale donné son nom à la ville (Ara Lunae au lieu du véritable nom romain Orolaunum), s’avère particulièrement éclairante : il témoigne aussi bien de la rigueur du raisonnement mené que de la volonté de combattre une tradition infondée. Les recherches de Wiltheim ne seront largement diffusées que plusieurs décennies plus tard, par le truchement de Jean Bertholet qui les plagie largement (1741). La publication du fruit de ces recherches « antiquaires » va engendrer une véritable polémique, certains auteurs arlonais n’admettant pas que la tradition locale soit remise en cause. L’analyse du débat virulent qui s’ensuivit permettra de mettre en lumière, d’une part, l’importance que l’ancienneté d’une ville et de ses symboles pouvaient revêtir aux yeux de ses habitants, et, d’autre part, le nouveau statut conféré à la trace matérielle au sein du discours historique durant l’époque moderne.
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Latteur, O. (2022). Antiquité(s), antiquarisme et identité locale à Arlon (16e-18e siècles). Cycle de conférences scientifiques en l’honneur du 175e anniversaire de l’Institut archéologique du Luxembourg, Arlon (Achives de l’Etat). https://hdl.handle.net/2078.5/100049