(2015) Chaire Singleton 2015- UCL « Ethnographier les politiques sociales et de développement en contexte de marchandisation globale » — Location: Louvain-la-Neuve (6.May.2015)
Quelles sont les logiques qui incitent les jeunes à s’engager dans les réseaux de la microéconomie des drogues ? Qu’est-ce qui les y maintient ? Quels sont les dynamiques, les points d’appuis et les supports qui peuvent les aider à s’en dégager? Comment réduire les dommages liés aux trafics dans les quartiers populaires et limiter son emprise sur la jeunesse? Telles sont les questions qui ont animé un dispositif de recherche et intervention mis en place, en « transpériphérique », entre des professionnels actifs dans le nord-est de Paris et de Seine-Saint-Denis (Jamoulle, Roche, 2013). Ils sont en contact avec des jeunes, filles et garçons, inscrits dans les débrouilles de rue, de différentes classes d’âges (enfants, adolescents et jeunes adultes). Ce dispositif a été animés par deux socio-anthropologues, qui avaient engagés de longs terrains sur ces questions, l’un à Marseille, l’autre en dans les quartiers populaires du Hainaut et de Seine-Saint-Denis. Chacun des participants à nos groupes avait une lucarne différente sur les réseaux. Sur une période de deux années, ils ont tissés des liens de confiance, croisé leurs regards, leurs difficultés, leurs « savoir-faire» de proximité grâce à des séances d’entretiens collectifs mensuels. Leurs dires étaient enregistrés, décryptés, analysés puis retournés aux participants, pour relancer de nouvelles dynamiques d’analyse et de recherche, selon les méthodes propres à la socio-anthropologie clinique. Deux groupes d’une quinzaine de professionnels de différents champs d’intervention (enseignement, éducation spécialisée, protection de la jeunesse, réinsertion, prison, accueil résidentiel …) ont travaillé en parallèle puis croisé leurs résultats de recherche. Ils ont produit des connaissances actualisées, des analyses, des liens et des échanges. De séance en séance, les participants, professionnels et chercheurs ont complexifié leurs lectures de l’économie de la rue. Ils ont interrogé les affects, la fascination, les peurs que peuvent produire les économies souterraines sur les professionnels et les chercheurs, la façon dont l’irruption des trafics perturbe et réinterroge les pratiques des intervenants. La plupart des participants à nos groupes rencontraient des publics inscrits dans les « petits métiers » de l’économie de la rue. Ce sont donc ces secteurs d’activités qu’ils ont interrogés. Les jeunes qu’ils rencontrent travaillent quasi exclusivement en rue, au bas de l’échelle, dans les strates inférieures du business. La plupart vendent des drogues au détail et/ou ont des activités connexes (le guet, l’emballage …). Ils consomment d’une manière ou d’une autre les produits qu’ils vendent. S’engager dans cette économie de la rue est très risqué. Les pratiques mettent en jeu le corps mais aussi la santé et l’avenir social de jeunes, particulièrement visibles, que la nasse judiciaire ramasse largement. Alors que leurs activités rapportent peu, au regard des gains auxquels peuvent prétendre les dealers intermédiaires ou les semi-grossistes. Dans un premier temps, nous interrogerons les différents sens que peuvent avoir les engagements dans l’économie de la rue. Ensuite, nous approcherons au plus près les parcours de ces jeunes : l’organisation de la vente au détail, leurs façons de gérer la culpabilité, les dynamiques d’enkystement des business dans leurs vie mais aussi les mouvements de sortie, de désengagements, de mise à distance de l’économie de la rue qui permettent à certains d’intégrer une vie plus sécurisante.
Jamoulle, P. (2015). Interroger l’économie de la rue dans les quartiers populaires. Chaire Singleton 2015- UCL « Ethnographier les politiques sociales et de développement en contexte de marchandisation globale », Louvain-la-Neuve. https://hdl.handle.net/2078.5/182786