Le « modèle vertical » du processus de traduction : la question du transfert et la place des représentations mentales.

Vogeleer, Svetlana
(2017) Journée d’étude Déverbaliser - reverbaliser : la traduction comme acte de violence ? Métamorphoses du sens contraint à revêtir d — Location: USL-B (27.October.2017)

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Le « modèle vertical » du processus de traduction : la question du transfert et la place des représentations mentales Svetlana Vogeleer, Université Saint-Louis Bruxelles / UCL Les études psycholinguistiques tendent à montrer que le processus de traduction se déroule selon deux modes, connus sous les termes de « modèle horizontal » et « modèle vertical » (De Groot 1997), qui alternent au cours de la traduction. Le modèle (mode) horizontal consiste à remplacer les structures lexico-syntaxiques de la langue source (LS) par celles de la langue cible (LC). Ce mode ne requiert qu’une compréhension superficielle : il se fonde sur les connaissances métalinguistiques du traducteur, à savoir l’accès, dans sa mémoire, aux correspondances entre LS et LC acquises préalablement. Ce mode de traduction se déclenche par défaut sous l’effet d’amorçage (priming) exercé par les structures lexico-syntaxiques du texte source (Schaeffer & Carl 2013). Le modèle (mode) vertical est activé lorsque le mode horizontal est jugé par le traducteur comme impossible ou insatisfaisant. Il se ramène à ce que Séleskovitch (e.g. Séleskovitch & Lederer 1984) a décrit par la formule « traduction = déverbalisation + reverbalisation ». La « déverbalisation » n’est autre chose qu’une compréhension profonde, c’est-à-dire la construction, stimulée par l’input en LS, d’un modèle mental situé au niveau conceptuel. Ce niveau comprend les concepts, les processus mentaux (raisonnement) et on peut y inclure aussi, tout en tenant compte de leur spécificité (e.g. Paivio 1990), les représentations mentales (images, schémas spatiaux). En plus de ce contenu sémantique, la compréhension complète inclut les aspects pragmatiques de l’énoncé (attitude du locuteur, son intention communicative, etc.). Le modèle mental ainsi construit est censé activer, de la même manière qu’en production ordinaire, des ressources lexico-syntaxiques appropriées de la LC (« reverbalisation »). Le problème que pose le « modèle vertical » est qu’il ne met en évidence aucun trait qui soit spécifique à la traduction, chacune de ces deux composantes étant unilingue (compréhension LS – production LC). Pour pallier ce problème, Shreve & LaCruz (2017 : 129) ajoutent une troisième composante, celle de transfert, qu’ils situent à l’étape intermédiaire (compréhension – transfert – production), définie, en résumant, comme « the cognitive process of selecting the most appropriate linguistic structures (…) in such a way as to ensure that all relevant meaning elements and structures present in a source language text (…) are represented explicitly or implicitly in [the] (…) target text ». J’exposerai des arguments en faveur d’un modèle alternatif qui met l’accent sur la différence entre la compréhension unilingue ordinaire et la « compréhension pour traduire » (e.g. Macizo & Bajo 2004). La prise en compte de cette différence suggère que la construction d’un modèle mental dans la phase de compréhension est non seulement contrainte par le matériel linguistique du texte source mais qu’elle subit aussi une adaptation simultanée aux ressources de la LC accessibles au traducteur, et ce aussi bien dans le cadre du mode horizontal que dans celui du mode vertical. Ce modèle se distingue donc du modèle vertical classique en ce que les phases « compréhension » et « production » y sont, au moins partiellement, superposées. J’illustrerai mes propos par des exemples d’explicitations caractéristiques du mode vertical. Parmi les différents types d’explicitations, une attention spéciale sera accordée au rôle de l’imagerie mentale (images, schémas d’action, schémas spatiaux) dans la construction du modèle mental et, par conséquent, dans la production en LC. Références De Groot, Annette (1997). The cognitive study of translation and interpretation: Three approaches. In J.H. Danks et al. (eds), Cognitive Processes in Translation and Interpreting. Thousand Oaks, CA: Sage Publications, 25-56. Macizo, Pedro & Bajo, Teresa (2004). When translation makes the difference: Sentence processing in reading and translation. Psicológica 25: 181-205. Paivio, Allan (1990). Mental Representations: A Dual Coding Approach. NY: OUP. Schaeffer, Moritz & Carl, Michael (2013). Shared representations and the translation process: A recursive model. Translation and Interpreting Studies 8(2): 169-190. Schreve, Gregory & LaCruz, Isabel (2017). Aspects of a cognitive model of translation. In J.W. Schwieter & A. Ferreira (eds), The Handbook of Translation and Cognition. Malden, MA/Oxford: Wiley-Blackwell, 127-143. Séleskovitch, D. & Lederer, M. (1984). Interpréter pour traduire. Paris : Didier érudition.
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Vogeleer, S. (2017). Le « modèle vertical » du processus de traduction : la question du transfert et la place des représentations mentales. Journée d’étude Déverbaliser - reverbaliser : la traduction comme acte de violence ? Métamorphoses du sens contraint à revêtir d, USL-B. https://hdl.handle.net/2078.5/175437