(fr) Si les fresques de la Renaissance italienne et plus particulièrement romaine – que l’on doit à des artistes comme Pinturicchio, Filippino Lippi, Raphaël ou encore Sodoma – ont alimenté de nombreuses études, force est de constater que ce corpus d’œuvres n’a que peu été exploité du point de vue des dispositifs d’encadrement. L’attention des chercheurs s’est en effet surtout portée sur les innovations iconographiques et stylistiques, au détriment des problématiques liées aux cadres peints en trompe-l’œil, qui participent pourtant pleinement à la transmission du message et à la production des effets sur le spectateur. Sans négliger ces questions de contenu légitimement centrales dans la littérature, cette recherche entend y apporter un éclairage complémentaire en tentant de rendre compte de la manière dont ce contenu est articulé et mis en scène par divers dispositifs plastiques et sémantiques aux limites de la représentation. Pour défendre cette hypothèse, l’étude des cadres peints à fresque dans le cœur de la chrétienté et de la création artistique, à la charnière entre le XVe et le XVIe siècle, apparaît être un observatoire privilégié pour appréhender la relation entre l’espace de la représentation et celui du spectateur, espaces dont les cadres déterminent les frontières, mais aussi les passages. Pour mettre en exergue les modes de fonctionnement de ces décors, trois dispositifs d’encadrement emblématiques de leur temps sont ici épinglés. Il s’agit de l’un des types de cadre les plus communs à cette époque, l’« arc-cadre », ainsi que deux formules plus innovantes et proprement romaines, à savoir l’escalier placé à sol égal avec le spectateur et la tapisserie feinte dont les bords enroulés simulent de faux textiles suspendus aux murs. Les chapelles et les palais présentant respectivement des solutions formelles aussi riches que variées, les peintures religieuses sont dès lors confrontées aux décors civils. Aussi, l’approche innovante de cette étude consiste-t-elle par ailleurs à concevoir les systèmes décoratifs comme des ensembles transgressant l’habituel cloisonnement entre sacré et profane pour mieux établir une synthèse inédite sur les types de cadre en question.
Loos, R. (2019). Aux limites de la représentation : étude des dispositifs d’encadrement dans les fresques de la Haute Renaissance à Rome (c. 1480-1530). https://hdl.handle.net/2078.5/125154