« Culture du viol, imaginaire sexiste et identité de genre : de l’œuvre de Villon à Je, François Villon »

(2024) Colloque du réseau (Université Rennes 2, 13-15.03.24). LIMA.GE (Littératures du Moyen Âge et Genre), Les littératures médiévales — Location: Université de Rennes II, Rennes, France (13.March.2024)

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En 2006, Jean Teulé, avec Je, François Villon, proposait un roman à la première personne s'inscrivant dans la réception moderne du poète médiéval comme figure de marginal criminel. Si les délits attribués à Villon (vols, violences, homicide) sont attestés par les sources judiciaires, Teulé introduit de manière répétée un crime absent de ces sources comme de l’œuvre poétique : le viol. Sa récurrence (cinq occurrences) en fait un véritable motif romanesque, lisible à l’aune des concepts modernes de culture du viol et de male gaze : banalisation de la violence sexuelle, effacement du consentement, esthétisation érotisée de la domination selon des codes pornographiques visant un lectorat masculin... Cette représentation contraste fortement avec la misogynie villonienne elle-même, laquelle, loin d’être littérale, relève surtout de poncifs médiévaux, de jeux ironiques avec les attentes du public et de stratégies de posture narrative, souvent détournées ou vidées de leur substance par le poète. À l’inverse de la lecture réductrice proposée par Teulé, l’œuvre de Villon manifeste une subversion ponctuelle mais réelle des normes de genre, notamment par des travestissements du je poétique : féminisation du nom, prises de parole féminines, renversements sexuels et métamorphoses identitaires qui brouillent la binarité des genres et produisent un gaze alternatif, ni strictement masculin ni féminin. Cette ambiguïté, loin d’un simple masque, participe d’un ethos instable et pluriel, que Teulé neutralise en réinscrivant Villon dans une masculinité toxique conforme aux schèmes contemporains. Dès lors, Je, François Villon apparaît moins comme une relecture fidèle du Moyen Âge que comme un révélateur des imaginaires sexistes actuels, faisant de la fiction contemporaine une forme d’ethnologie critique de la persistance — voire de l’intensification — de la culture du viol.
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Portal, L.-A. (2024). « Culture du viol, imaginaire sexiste et identité de genre : de l’œuvre de Villon à Je, François Villon ». Colloque du réseau (Université Rennes 2, 13-15.03.24). LIMA.GE (Littératures du Moyen Âge et Genre), Les littératures médiévales, Université de Rennes II, Rennes, France. https://hdl.handle.net/2078.5/272096