"Cette contribution poursuit deux objectifs. Le premier est de critiquer, sur un plan épistémologique, une définition courante du mot « architecture » qui, persévérant dans les traités et autres écrits d’architecture, s’impose aujourd’hui aux théoriciens de l’architecture et aux chercheurs en architecture avec la force de l’habitude et le poids de la tradition. Qualifiée ici de professionnelle, cette définition identifie l’architecture au métier ou à la profession de l’architecte. Par « métier » s’entend ici un ensemble de tâches, de compétences et de responsabilités socialement attribuées à des personnes, qui les assument contre rémunération. Il ne s’agit pas de contester le fait que de manière usuelle le mot « architecture » puisse désigner le métier des architectes, mais bien d’indiquer les obstacles théoriques et les impasses méthodologiques auxquelles conduit l’usage d’une définition professionnelle du mot « architecture » dans le cadre scientifique de la recherche en architecture en général et de la théorie de l’architecture en particulier. Le second est de montrer l’opportunité épistémologique d’une autre définition du mot « architecture » qui présente des avantages théoriques et heuristiques notables. Cette définition, qualifiée cette fois d’anthropologique, identifie l’architecture non pas à un métier, mais à une faculté dont dispose tout être humain. L’enjeu de ce texte dépasse celui d’une discussion terminologique ou sémantique. Plus que mettre au point un vocabulaire, il s’agit finalement de préciser l’objet de la théorie de l’architecture et la classe de phénomènes que les chercheurs en architecture ont pour tâche, compétence et responsabilité d’observer et d’expliquer."
Pleitinx, R. (2021). L’architecture n’est pas un métier: Remarques préliminaires à une théorie de l’architecture sans architecte. In Pierre Caye, Olga Medvedkova, Renaud Pleitinx, Jean Stillemans (dor (ed.), Traités et autres écrits d’architecture (p. p. 151-178). Editions Mardaga. https://hdl.handle.net/2078.5/167139