Àl’heure où la religion est mêlée à tous les discours et dénoncée comme la source de tous les maux, assiste-t-on pour autant à un regain des conflits religieux ? L’appartenance religieuse peut, aux yeux de certains, définir l’identité même des antagonistes ainsi que leurs objectifs de guerre. Pour autant, elle n’est jamais qu’une dimension parmi d’autres et il est vain de chercher dans la doctrine religieuse une explication à l’attitude de ceux qui disent agir « au nom de Dieu ». Sous ces étiquettes confessionnelles sont souvent dissimulées d’autres revendications territoriales, nationales voire économiques. Que ces références à la religion soient artificiellement utilisées ou qu’elles traduisent de véritables croyances, leur simple existence s’érige comme une barrière à toute négociation. Aussi, les discours stratégiques peuvent-ils être enjolivés de symboles, notamment religieux, afin de s’adresser aux émotions de l’audience et de définir la manière dont un conflit est appréhendé par les protagonistes. La terre d’Israël, terre trois fois sainte, n’échappe pas à ce recours au sacré, qui exerce un effet grossissant et conduit souvent l’observateur à surévaluer le poids du facteur religieux.
Lutz, F. (2015). Le judaïsme dans le discours stratégique israélien. Revue de Defense Nationale, 1(780), 1-6. https://hdl.handle.net/2078.5/188175 (Original work published 2015)