Les transformations organisationnelles du secteur hospitalier depuis quelques années affectent les vécus professionnels de manière fondamentale. Traditionnellement, le métier d’infirmier se caractérise par un engagement vocationnel important : le soin renvoie à la prise en charge du malade et ainsi à la dimension profondément humanitaire du care. Par ailleurs, le secteur est en proie à une technicisation accrue qui fait de l’acte technique une compétence nécessaire. La coexistence de ces deux logiques de métier dans un même espace professionnel peut donner l’impression d’une impasse, d’une incapacité à trouver sa place dans le dispositif institutionnel. Comment concilier les impératifs temporels imposés (le nombre de lits par infirmier ne cesse de croître, le temps par malade de se réduire…) et l’importance accordée à la personne humaine (prendre du temps pour parler, écouter le malade…) ? De cette difficulté de conciliation naît un sentiment d’impuissance collectivement partagé, mais aussi un sentiment individuel de ne pas être à la hauteur. Cet article repose sur l’exploitation de la base de données européennes NEXT comportant 4257 infirmiers en Belgique et consacrée aux raisons de départ de la profession. Les questionnaires ont été récoltés de 2002 à 2005 sur une base longitudinale. Seule la première vague de ce questionnaire sera exploitée dans le cadre de cet article. Les données issues de cette enquête NEXT permettent à la fois de mesurer le turn-over important dans la profession et de cerner les vulnérabilités professionnelles. Les conclusions de cet article mettent en évidence la difficulté de toute une profession à se construire une identité fière parce que les exigences du métier oscillent sans arrêt et parce que les dynamiques organisationnelles ne permettent pas ou plus de réaliser correctement leur idéal du métier. Se posent alors avec acuité la question de la reconnaissance sociale et du sens donné à l’exercice de la profession. Dès lors, la question de la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur des soins de santé, et plus particulièrement à l’hôpital, se pose davantage comme un problème de rétention des infirmiers formés que comme un problème d’insertion sur le marché du travail. Pour le dire autrement, ce sont les transformations actuelles qui affectent le secteur et l’évolution des conditions de travail qui conduisent au turn-over ou au départ définitif de la profession. La question de la pénurie de main-d’œuvre appelle donc une réponse davantage qualitative que quantitative…
Decleire, C., & Burnay, N. (2013). Rester ou quitter? Lorsque les conditions de travail s’en-mêlent... In MARQUET Jacques, MARQUIS Nicolas et HUBERT Nathalie (dir) (ed.), Corps soignant, corps soigné. Les soins infirmiers : de la formation à la profession. Academia-L’Harmattan. https://hdl.handle.net/2078.5/195355