Habiter « sans-abri ». Parcours et récits de femmes entre la rue, la ville et le logement (Bruxelles, 2017-2019

(2019) Quelle place pour les habitants les plus vulnérables ? De la « ville dissuasive » à la « ville solidaire » — Location: Amiens

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Bruxelles, août 2017. Je commence une enquête ethnographique au sujet de l’habiter « sans-abri », avec une attention spécifique portée aux femmes. Dès lors, j’ai suivi et recueilli les récits de vie de sept femmes – belges et non belges, européennes et non européennes - qui ont habité entre la rue, les hébergements d’urgence, les maisons d’accueil, l’hôpital, des squats, la prison, selon l’histoire et le parcours de chacune. Je les ai rencontrées dans le cadre d’un projet d’« habitat solidaire pour femmes sans-abri », inspiré du modèle Housing First (Logement d’abord) et porté par une association bruxelloise qui œuvre dans le domaine de la lutte contre le sans-abrisme et du droit au logement. Ce projet prend la forme d’une maison avec quatre chambres individuelles, ainsi que des espaces partagés – une cuisine, un salon, deux salles de bains/toilettes et un jardin. Deux ans durant, j’ai fréquenté cette maison une à deux fois par semaine, en essayant de saisir l’habiter de ces femmes, leur « faire avec l’espace » tel qu’exprimé par les mots ou performé à travers les gestes, les pratiques, les postures corporelles. À l’issue de ces enquêtes, dans cette communication je vais me concentrer sur la manière dont s’articulent, à travers et dans le parcours de chaque femme, l’espace de la maison, la rue et la ville. Lieu de repos, de soin, de routine et de quotidienneté, mais aussi de conflits, de bagarres, de dépossession, cette maison est un espace pluriel qui ne peut se comprendre qu’à partir des relations qui se construisent et se détruisent sans cesse entre les personnes qui l’habitent, entre l’ici et le maintenant, le passé et le futur, le dedans et le dehors. En focalisant l’attention notamment sur la dimension affective et genrée du rapport à l’espace (habité), il s’agira alors d’une part, de comprendre comment se configure l’expérience habitante de ces femmes : entre attachements, ruptures, ancrages et mobilités, comment construisent-elles leur place, dans la maison et dans la ville ? D’autre part, il sera question d’interroger le caractère « solidaire » du projet, les propos qui le fondent, et les effets – intentionnels et non intentionnels – que ce type de dispositif produit dans la vie des personnes auxquelles il s’adresse. Si la vie à la rue comporte une exposition radicale à l’autre, une sur-visibilité qui est pour les femmes notamment source de danger (physique, psychique), et qui rend la ville inhabitable, quelles sont les conséquences de la « mise à l’abri » et de l’invisibilisation qui en résulte ?
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Rosa, E. c. (2019). Habiter « sans-abri ». Parcours et récits de femmes entre la rue, la ville et le logement (Bruxelles, 2017-2019. Quelle place pour les habitants les plus vulnérables ? De la « ville dissuasive » à la « ville solidaire », Amiens. https://hdl.handle.net/2078.5/167675