« Que de souvenirs à conserver dans ce monument, où tout respire l’innocence des temps monarchiques ! » Chambord, symbole de la licence des mœurs de cour dans l’œuvre de Paul-Louis Courier

(2022) Publications numériques du CÉRÉdI — Vol. 28, n° 1, p. 1-9 (2022)

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L’assassinat, le 13 février 1820, du duc de Berry, dernier héritier du trône de France, semble sonner le glas de la branche aînée des Bourbons. Précipitant la chute du ministère Decazes , l’événement est propice au retour aux affaires des ultra-royalistes, qui ont beau jeu de tenir la licence – certes toute relative – de la presse pour responsable du drame. Tout espoir n’est pourtant pas perdu pour la monarchie puisque l’épouse du duc défunt, la duchesse Marie-Caroline, donne naissance en septembre à un garçon prénommé Henri, bientôt connu sous le nom de duc de Bordeaux. Cette naissance inespérée stimule le zèle des soutiens du régime, parmi lesquels le comte Adrien de Calonne, maréchal des logis de la Maison du roi. Désireux de sauver de la destruction le château de Chambord, mis en vente par la veuve du maréchal Berthier, auquel Napoléon avait confié le domaine par usufruit en 1809, celui-ci propose de lancer une souscription nationale visant à racheter le château et à l’offrir au prince nouveau-né. Cette proposition, pourtant, ne fait pas l’unanimité ; Paul-Louis Courier, pamphlétaire résidant à Véretz, en Touraine (l’une des quelques communes à n’avoir pas souscrit), se prononce contre la souscription au nom de l’immoralité inhérente selon lui à la vie de cour, « centre de corruption » qui « étend partout son influence ». Or une cour à Chambord, selon lui, exposerait les Tourangeaux à cette corruption : « Les plus gâtés sont les plus proches ; et nous, que la bonté du Ciel fit naître à cent lieues de cette fange, nous irions payer pour l’avoir à notre porte ! » C’est là l’idée centrale de son Simple discours, pamphlet paru fin avril 1821 dans lequel il se livre à une critique pour le moins virulente des mœurs dissolues des cours de l’Ancien Régime. Non sans paradoxe, cette charge contre les courtisans au nom de la morale vaut au pamphlétaire d’être assigné en cour d’assises pour outrage à la morale publique. C’est à l’étude du discours de Courier sur les mœurs de Chambord, de François Ier au Régent, que cet article est consacré. À la lumière du Simple discours et du Procès de Paul-Louis Courier, compte-rendu pour le moins polémique du procès intenté au pamphlétaire, il s’agira de montrer ce que Chambord représente pour Courier, ainsi que la manière dont il s’emploie, sous couvert d’une critique des mœurs de cour, à mettre en relief les points de convergence entre la monarchie d’Ancien Régime et la monarchie restaurée pour tenir un propos polémique en phase avec son temps.
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Saintes, L. (2022). « Que de souvenirs à conserver dans ce monument, où tout respire l’innocence des temps monarchiques ! » Chambord, symbole de la licence des mœurs de cour dans l’œuvre de Paul-Louis Courier. Publications numériques du CÉRÉdI, 28(1), 1-9. https://hdl.handle.net/2078.5/105836 (Original work published 2022)