Tenter de voir Bruxelles à travers les yeux des pentecôtistes Brésiliens de Bruxelles détournait à chaque fois mon regard du lieu pour se fixer sur leur entre soi. C’est que le sujet de ma recherche, le pentecôtisme brésilien à Bruxelles, m’oblige à pratiquer ce que Michel Agier appelle une « ethnographie des hors-lieux » (Agier, 2009 : 12). Car la description et l’analyse qui en résultent font état d’une « communauté » centrée sur soi, occupant les interstices de notre société et vivant Bruxelles comme un lieu de transit. Le hors-lieu dans lequel se situent les brésiliens pentecôtistes de Bruxelles va de pair avec à la fois une invisibilité et une stigmatisation dans l’opinion publique. Il s’agit, d’une part, en grande partie de migrants brésiliens « non autorisés » (Friedmann Marquardt et al., 2013), ou en termes plus populaires, « illégaux », « clandestins » ou « sans papiers », parfois qualifiés sans ambages de victimes ou de maffiosi . D’autre part, ces personnes fréquentent des Eglises pentecôtistes considérées « inquiétantes » – notamment depuis le rapport sur les sectes (1997) –, associées à l’escroquerie et au lavage de cerveaux, et qui ont à nos yeux des manières de pratiquer la foi étrangères et étranges, qualifiées dans le meilleur des cas de superstitions. L’habitat des pratiquants, tout comme leurs lieux de cultes, occupent en majorité ces zones de la ville qui sont délaissées par les autorités, hors-lieu renforcé par le statut de personnes en « transmigration », vivant dans l’imaginaire du retour au pays (Hurtig, 2000: 34), qui va main dans la main avec la persistance de la précarité du travail « au noir ». Bien que la migration non autorisée et la présence d’Eglises pentecôtistes soient le propre de plusieurs villes en Belgique, la présence de migrants brésiliens et d’Eglises pentecôtistes brésiliennes est au niveau belge une particularité de Bruxelles, car c’est là que les deux se concentrent. Le sujet est peu étudié pour deux raisons principalement. D’une part, la migration brésilienne non autorisée en Belgique est un phénomène récent, entamé timidement dans les années 90 et qui a gonflé à partir de 2000. D’autre part, les débats sur la religiosité en contexte migratoire dans notre pays sont principalement dominés par l’Islam, mettant dans l’ombre le phénomène des Eglises pentecôtistes de migrants qui, il est vrai, sont d’implantation plus récente. L’objectif de ma présentation est de mettre en tension les discours et pratiques des pentecôtistes brésiliens à Bruxelles, à travers leur rapport à la ville, un ancrage ambigu lié aux caractéristiques particulières de la migration brésilienne.
Mareels, E. (2013). Des portes de la ville à la conquête des nations. Spiritualisation du local et du global chez les pentecôtistes brésiliens de Bruxelles. Ethnographies bruxelloises, Bruxelles, Facultés Universitaires Saint-Louis. https://hdl.handle.net/2078.5/200679