Le regard comme résistance. La question des points de vue dans Être ici est une splendeur de Marie Darrieussecq

(2022) Positions, énonciations, regards. Spatialisation du genre dans la littérature et les arts contemporains — Location: Université Saint-Louis (Bruxelles) (19.May.2022)

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Dans Être ici est une splendeur (POL, 2016) Marie Darrieussecq retrace la courte existence de la peintre allemande Paula M. Becker (1876-1907). Cette biographie permet d’approcher une forme d’invisibilisation des femmes dans la société. Questionnement à propos de la maternité, indépendance financière, enfermement du couple, absence de visibilité et de reconnaissance du travail artistique des femmes au tournant du XXe siècle, difficulté de trouver « un lieu à soi » : de grandes questions féministes traversent indéniablement cette œuvre. Mais si le texte relate les souffrances et l’oppression, il permet aussi d’ouvrir des brèches, des espaces de libertés, de transformer la situation en expérience créatrice. Car à partir d’une abondante correspondance, mais aussi des journaux intimes de Paula Becker, de son mari ou de Rilke, Darrieussecq dessine plusieurs échappées : le pouvoir de la création, de l’art, bien sûr, qui permettent à Paula Becker de « devenir quelqu’un » (« Il n’y a de place pour rien d’autre que ma dévotion au travail. C’est l’aube en moi […]. Je vais devenir quelqu’un » ; lettre à sa mère, citée dans le texte - 76) ; les voyages, les déplacements, l’élargissement de l’espace, qui permettent de voir et de penser autrement (à Paris, « son regard se décentre » - 78) et puis le regard porté sur soi. Car selon Darrieussecq, Paula Becker est aussi la première femme de l’histoire de l’art à se peindre elle-même nue, le corps vu et le corps regardant ne faisant alors plus qu’un : « Le geste de se déshabiller et de se planter devant sa toile […]. L’autoportrait nu d’une femme, seule à seule avec soi et l’histoire de l’art » (118). Les questions de points de vue, de regard (de la peintre comme de la biographe, qui devient alors scénographe), la possibilité pour les femmes de pouvoir occuper l’espace et d’y prendre position sont quelques-uns des axes importants de ce texte que nous proposons d’explorer, faisant de cette vie une biographie située, permettant de « penser le regard en tant que site de pouvoir et de résistance » (Rennes, 2016, 556) mais encore de mesurer la capacité des expériences artistiques (picturales comme littéraires) à « élargir notre vision » (Bourneuf, 2011, 25). NB : références utilisées dans ce résumé Bourneuf Roland (2011). Du tableau au récit. Québec français, 161, 22-25. En ligne : https://id.erudit.org/iderudit/63970ac Darrieussecq Marie (2016). Être ici est une splendeur. Vie de Paula M. Becker. Paris : POL (Folio). Juliette Rennes (dir.) (2016), Encyclopédie critique du genre. Paris : La Découverte.
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Citations

Hambursin, O. (2022). Le regard comme résistance. La question des points de vue dans Être ici est une splendeur de Marie Darrieussecq. Positions, énonciations, regards. Spatialisation du genre dans la littérature et les arts contemporains, Université Saint-Louis (Bruxelles). https://hdl.handle.net/2078.5/165784