Dans Recherche sur les causes et la nature de la richesse des nations paru en 1776, Adam Smith posait déjà les bases du paradigme développementaliste1. Les sociétés extra-occidentales sont qualifiées par lui de barbares comparativement à celles occidentales et suivant un phasage du progrès en quatre phases : le temps édénique (mythologique) où les Hommes bénéficient d’une assurance tout risque de la main invisible (Dieu), le temps des chasseurs-cueilleurs, le temps pastoral-agricole et le temps commercial/industriel. Ce dernier correspond au dernier stade du développement économique d’une société. Adam Smith pensait cette trajectoire universelle tout comme, deux siècles après lui, les économistes du développement qui, dans les années 1950, alimentèrent le développementalisme suivant trois principes majeurs : 1/Tout le monde veut se moderniser suivant la voie occidentale de ce processus ; 2/Toutes les sociétés sont mues par un « gène modernisateur » qui les tracte malgré elles vers la voie occidentale du développement capitaliste ; 3/Les identités, les contextes, les cultures et les histoires singulières ne comptent pas ou très peu. Il faut passer outre pour activer le « gène modernisateur » parfois en latence dans de nombreuses sociétés « arriérées » des Suds. Celle qu’on désigne aujourd’hui par Sud global se sont lancées corps et âme dans cette trajectoire pour s’entendre dire aujourd’hui qu’elles ont fait fausse route parce que les « sociétés barbares » desquelles ils s’évertuent de sortir depuis 1945 ne sont pas nécessairement moins soutenables que la modernisation capitaliste qui représentait le développement dans son approche dominante. Qui doit payer le prix de ce floutage des esprits du Sud global sur ce que c’est que le développement ? Comment ressusciter les « mondes perdus » et soutenables des Suds ? Comment retrouver les Sud climatiques, biosphériques et écologiques d’avant la modernisation capitaliste sachant que cette partie du monde a toujours été incitée à rattraper le Nord et ses nomenclatures capitalistes aujourd’hui avérées phagocyteuses par rapport au climat, à l’écologie, aux sociétés et à la biodiversité?
Amougou, T. (2023). Le développement écologique: Quid du Sud global? L’Arrosoir, N//A(1), 92-95. https://hdl.handle.net/2078.5/235697 (Original work published 2024)