Nous étudions ici les paroles d’un homme incarcéré, accusé de participation à une organisation terroriste (djihadiste), en nous posant, entre autres, les questions suivantes : A quelle forme de subjectivité avons-nous ici affaire ? Quel rapport la subjectivité établit-elle avec une idéologie anonyme – religieuse, politique, militaire ? Ce discours haineux étonne le clinicien par son effacement apparent de toute subjectivité. Néanmoins apparaissent à l’analyse : des traces de séduction effractante ; de dépression précoce ; d’angoisse d’éclatement, de pénétration et de perte de substance ; une pathologie du surmoi ; une défense de type paranoïde. L’idéologie semblerait ouvrir la rivalité imaginaire déchaînée à une dimension tierce et symbolisante, et ainsi parer à certaines difficultés subjectives. Mais, en réalité, dans ce cas, la solution idéologique djihadiste échoue car sur bien des points elle demeure un décalque voire un intensificateur des impasses subjectives dégagées.
Fraiture, E. (2017). Une conversion au djihadisme... comme tentative de solution à une impasse subjective. Cahiers de Psychologie Clinique, 2017/2(49), 273-286. https://doi.org/10.3917/cpc.049.0273 (Original work published 2017)