Cette ségrégation sociale se reflète également au niveau de l'architecture. L'Etat arrête les valeurs qui définissent le citoyen: être instruit, appliqué et mobile. Celui qui les affiche sur ses façades ou sa tombe, fait partie des couches sociales bourgeoises qui détiennent le pouvoir. La monarchie protège l'Etat qui garantit le cadre légal à la prospérité. Il détient sa légitimité d'une présumée indépendance vécue au Moyen Age et retrouvée après le départ de la garnison prussienne. Le programme architectural de la révolution industrielle consomme des superficies élevées à organiser de façon rationnelle. Les études d'architecture exclusivement faits à l'étranger, les voyages d'études et la presse spécialisée permettent aux architectes de répondre aux nouveaux besoins. Vu l'ouverture sur les deux mondes culturels, l'architecture à Luxembourg revêtait un caractère résolument international. La recherche d'une fonctionnalité optimale et d'un prix minimal de construction ouvre la porte aux nouveaux matériaux. Le clivage entre l'architecture traditionnelle, axée sur l'esthétisme et l'artisanat, et une architecture moderne, fixée sur le rendement, la fonction et la technique est parfait.En conciliant ces vues, l'historicisme s'est voulu le fondement de l'architecture moderne. Le décor historisant, ni ne visualisant de façon satisfaisante, ni ne servant la fonction, devient progressivement superflu. L'égalité des citoyens prônée par la société post-révolutionnaire entraîne une rivalité entre les couches sociales et les mondes philosophiques. Le siège d'une société commerciale ou l'hôtel particulier rivalise avec le palais grand-ducal ou l'hôtel des Postes, le pensionnat religieux ou le projet d'une cathédrale. La nécropole du XIXe siècle, par ses monuments, devient le reflet de cette société.
Philippart, R.-L. (2006). Luxembourg, de l’historicisme au modernisme, de la ville forteresse à la capitale nationale. https://hdl.handle.net/2078.5/75763