Le journalisme narratif pour renouveler le projet séculaire du journalisme ?

Vanoost, Marie
(2017) 4e Colloque international MEJOR, “Le journalisme impuissant ?” — Location: Québec (Canada) (3.May.2017)

Files

No attached file found for this publication.

Details

Authors
  • Vanoost, Marieorcid-logoUCLouvain
    Author
Abstract
Le journalisme narratif peut être défini comme une forme de journalisme qui se lit comme un roman (Wolfe, 1975). Empruntant certaines techniques d’écriture au domaine de la littérature, et très souvent même de la fiction, ce modèle journalistique met en œuvre un récit proche du récit canonique défini par la narratologie (Adam et Revaz, 1996 ; Baroni, 2007 ; Jahn, 2005), organisé selon une logique temporelle, progressant d’un début vers une fin nécessaire, et visant à recréer une forme d’expérience par procuration pour le lecteur, à l’immerger dans l’histoire et le point de vue des personnages (Franklin, 2002 ; Hart, 2011 ; Kramer et Call, 2007 ; Lallemand, 2011 ; Meuret, 2012 ; Vanoost, 2013). Selon John Hartsock (2000), le journalisme narratif se développe – ou, à tout le moins, connaît un essor plus marqué – lors de périodes de transformations et de bouleversements profonds de la société, que le journalisme « traditionnel » ou mainstream ne serait pas capable de raconter de manière adéquate, tant elles ébranlent nos repères habituels. Hartsock relève ainsi, aux Etats-Unis : la fin du 19e siècle et ses crises démographique, migratoire et économique, la Grande Dépression et le basculement dans la Seconde Guerre mondiale, ainsi que la révolution des cultures et des générations dans les années 1960-1970 – liste à laquelle on pourrait ajouter la fin de la Guerre froide, à la fin du 20e siècle, et la guerre contre le terrorisme, au début du 21e siècle. En Europe francophone, le récent renouveau du journalisme narratif, principalement au sein des revues que l’on a appelées mooks – parce qu’à mi-chemin entre le magazine (magazine) et le livre (book) –, suite au lancement de XXI en 2008, s’inscrit également dans un contexte social de crises et de bouleversements, marqué notamment par la montée des extrémismes, la menace terroriste et la crise financière. Si les mooks n’attirent jusqu’à présent qu’un public de niche – XXI, la plus vendue de ces revues, tourne autour des 50.000 exemplaires –, ils n’en sont pas moins révélateurs d’une volonté de certains acteurs journalistiques de renouveler, de reformuler le projet séculaire du journalisme dans la sphère européenne francophone. Cette volonté semble d’autant plus importante que le journalisme lui-même connaît actuellement une période de crise et de bouleversements, comme le soulignait déjà le premier édito de XXI : « En France, ce journalisme [de récit] s’est tari, faute d’espace : formats réduits, écriture blanche, enquêtes trop rares. » C’est à la reformulation du projet séculaire du journalisme dans le renouveau actuel du journalisme narratif francophone que s’intéresse principalement cette communication. Cependant, étant donné que plusieurs mooks – notamment XXI, Feuilleton, 24h01 – se réfèrent comme modèle non seulement à la tradition du grand reportage à la française, mais aussi à la pratique américaine du narrative journalism, il semble intéressant de se pencher également sur la façon dont les acteurs américains reformulent le projet séculaire du journalisme dans, et au travers de, leurs pratiques journalistiques narratives. Pour ce faire, la communication se base sur une série d’entretiens réalisés avec quatorze journalistes et éditeurs américains, et onze journalistes et responsables de revue français et suisses, qui tous se revendiquent d’une démarche journalistique narrative – soit directement, soit au travers des supports médiatiques pour lesquels ils travaillent. Il ne s’agit donc pas ici d’explorer par une étude de réception la façon dont le journalisme narratif redéfinit le rapport du journaliste au lecteur, ni d’explorer par une étude des productions de quelle manière la poétique de ces récits est porteuse de changements sur les plans éthiques et professionnels, mais bien de s’intéresser aux discours des journalistes sur leurs propres pratiques et à la façon dont ces discours articulent un projet journalistique renouvelé. La communication détaillera ainsi les objectifs et missions que ces praticiens assignent au journalisme narratif – en soulignant les différences d’emphase mises sur certains éléments par les acteurs américains d’une part et francophones de l’autre : raviver l’intérêt et le plaisir du lecteur, lui offrir un type de compréhension plus profond du monde dans lequel il vit et, enfin, l’amener à se positionner en tant que citoyen.
Affiliations

Citations

Vanoost, M. (2017). Le journalisme narratif pour renouveler le projet séculaire du journalisme ? 4e Colloque international MEJOR, “Le journalisme impuissant ?”, Québec (Canada). https://hdl.handle.net/2078.5/222581