Quand nous disons « charité » et « vulnérabilité » en une seule phrase, les réactions peuvent être extrêmement diverses. Certains vont voir dans cette articulation le devoir de solidarité envers des personnes fragilisées et le devoir de prendre soin des plus vulnérables, mais pour d’autres ce rapprochement est ressenti comme humiliant, comme une ingérence des plus forts dans la vie des plus faibles. Pour ces derniers, le concept de charité serait lié à la notion d’assistanat et à cause de sa dimension verticale, la charité serait même humiliante pour les personnes vulnérables parce qu’elle n’impliquerait pas la recherche de justice ou d’égalité . Cette ambivalence dans la perception de la charité face à la vulnérabilité vient évidemment de la complexité des deux notions en jeu : souvent « vulnérabilité » est associée à « maladie, faiblesse, handicap et mort » et « charité » à « paternalisme, œuvre de bienfaisance et condescendance ». Il n’est alors pas étonnant qu’une collègue théologienne en situation de handicap me lançait à la figure lors d’un colloque à Rome en 2016 : « Je n’ai pas besoin de ta charité ! J’en ai plus qu’assez d’être juste ton projet de fin d’année pour les confirmands de ta paroisse. » Sa vive réaction trouve un écho dans un article de David Perry, professeur d’histoire aux USA, qui montre que l’exhortation Amoris laetitia véhicule « une vision gentille, charitable et paternaliste » de la personne en situation de handicap. Selon Perry, dans les paragraphes de l’exhortation traitant explicitement du handicap, la personne handicapée est simplement considérée comme un objet de soins fournis par une famille forcément valide et qui est bénie parce qu’elle prodigue ces soins . L’exercice de la charité face à des situations de vulnérabilité serait-elle donc toujours empreinte de paternalisme ? C’est à cette question que je veux répondre dans cette contribution.
Cooreman-Guittin, T. (2021). Face à la vulnérabilité : une charité « capacitante ». In Trautmann, Frédéric (ed.), Les nouveaux visages de la charité (Cerf, p. p. 201-217). Cerf. https://hdl.handle.net/2078.5/224152