Cette recherche se situe au croisement d’une histoire des régulations sociales (à travers l’enfermement), d’une histoire du genre, d’une histoire de la délinquance juvénile. Veerle Massin s’est intéressée aux filles les plus stigmatisées du réseau de placement réservé aux mineurs de justice en Belgique. Filles-mères, filles atteintes de maladie vénérienne, filles qualifiées débiles mentales ou psychopathes, elles ont été envoyées dans une institution sévère qui dépend du ministère de la Justice. Cette institution est considérée comme une « institution-poubelle » aussi bien par les politiques que par les praticiens de la Protection de l’enfance. A travers une étude fine des pratiques institutionnelles, mises en relation avec les discours d’époque, c’est le rôle de l’institution d’enfermement sur la construction du « cas problématique » au féminin qui est mis en évidence. La thèse de doctorat s’attarde aussi bien sur les processus de stigmatisation des jeunes filles, depuis leur premier contact avec la justice jusqu’à leur placement à Bruges, que sur le traitement qui leur est réservé au sein de cet établissement. La thèse est traversée par plusieurs thématiques qui ont permis de dresser le portrait des politiques publiques réservées à des jeunes filles qui n’ont pas répondu aux exigences sociales et morales de leur temps : développement des pratiques d’expertise (observation médico-pédagogique, expertise psychiatrique et psychologique) et des professions expertales ; modes de rééducation par le travail, par la moralisation, par la scolarisation ; évolution des modes de coercition ; pratiques plus spécifiques réservées aux filles-mères, aux syphilitiques ou aux cas d’aliénation mentale.
Massin, V. (2011). Protéger ou exclure? L’enfermement des “filles perdues” de la protection de l’enfance à Bruges (1922-1965). https://hdl.handle.net/2078.5/74076