Le rôle des Etats envers le fait religieux est en profonde mutation, en raison d'une double globalisation : très récente dans le chef du droit et très ancienne pour le religieux. L'Etat perd progressivement son monopole de régulation face notamment à trois mouvements. D’abord celui d’une nouvelle mise en compétition des systèmes juridiques, tant verticalement (dans les rapports aux avancées du droit international), qu’horizontalement (dans la concurrence des systèmes et l’apparition de nouveaux acteurs transnationaux, non-étatiques). Ensuite, cette compétition, loin de renouer avec des guerres de frontières, tient plutôt à l’effacement et à la perméabilisation de ces dernières. Les systèmes s’interpénètrent, s’influencent, dans des jeux multiniveaux et dans des espaces-temps multiples. Les questions d’extraterritorialité se multiplient, la souveraineté des Etats est mise en question face à des phénomènes mondiaux ou régionaux qui appellent des réponses complexes, où se mêlent différents types de régulation, qu’il s’agisse d’économie, de climat, de sécurité ou de culture … Enfin, à travers cette concurrence déterritorialisée et cette perméabilité des systèmes, se pose la question de la diversité future des normativités, entre concurrence, uniformisation ou harmonisation.
Christians, L.-L. (2018). Désétatisation et religion : questions sur la globalisation des droits et des religions. In Céline Romainville, Marc Verdussen, Nicolas Bonbled, Stéphanie Wattier (ed.) (ed.), Etat et religions (1st ed., p. p. 233-241). Anthemis. https://hdl.handle.net/2078.5/222276