Pharmacologie des anthracyclines dans des hepatocytes et des lignées d'hépatocarcinomes de rat (résumé). Les anthracyclines constituent des médicaments de choix dans le traitement des hepatocarcinomes cellulaires (HCC). Néanmoins, les patients traités répondent généralement peu à la chimiothérapie ou montrent une récidive tumorale après rémission. Alors que la résistance acquise a fait l'objet de nombreuses études et a été attribuée aux mécanismes de type MDR (multidrug resistance), les processus impliqués dans la résistance intrinsèque sont peu connu et constituent un problème dans le traitement clinique des HCC. Une meilleure compréhension de l'implication des mécanismes MDR dans la faible réponse des HCC au traitement chimiothérapeutique constitue un grand intérêt pour l'élaboration de nouvelles stratégies thérapeutiques. La résistance aux anthracyclines a été, au moins en partie, associée à la sur expression de la P-glycoprotein (P-gp), une protéine de 170 kDa responsable de l'efflux dépendent de l'ATP de différents agents cytotoxiques hors des cellules présentant le phénotype MDR. Le but de ce travail était d'analyser les mécanismes impliqués dans la résistance intrinsèque des HCC. La P-gp est également exprimée dans les cellules hépatiques saines, et est impliquée dans l'élimination biliaires des anthracyclines. Nous avons donc évalué, en travail préliminaire, la pharmacologie de la doxorubicine ( DOX) et de la N-L-leucyl-doxorubicine (leu-DOX), sa prodrogue, dans les hépatocytes de rat en culture. Nous avons également analysé le rôle de la P-gp dans l'accumulation de la DOX et sa modulation par un inhibiteur classique de la MDR, le verapamil (VER). Nous montrons que l'expression de la P-gp, dans les hepatocytes en culture, augmente en fonction de la durée de la culture, et que cela peut être corrélé à une diminution de l'accumulation de la DOX. Le VER ne module pas le niveau intracellulaire de DOX, indépendamment du temps de culture ou de la concentration de VER utilisée. Nous montrons également que le dexaméthasone, un glucocorticoïde de synthèse présent dans le milieu de culture, contribue à un niveau plus élevé de DOX dans les hépatocytes. L'absence d'effet du VER sur l'accumulation de DOX est discuté et un rôle du DEX dans le maintien d'un niveau bas de P-gp dans la culture d'hépatocytes est suggéré. Les mécanismes de résistance intrinsèque à la DOX ont été étudiés dans deux lignées cellulaires d'HCC, H4IIE et MH1C1, respectivement résistante et sensible à la DOX. Nos résultats montrent que la résistance à la DOX dans la ligne cellulaire H4IIE est associée à un phénotype MDR. Cette résistance est, en partie, modulée par le VER et est aussi observée avec la vincristine. L'indomethacine et le L-buthionine-(S,R)-sulfoximine, deux inhibiteurs de la résistance associée à la présence de protéines MRP (multidrug resistance associated protein) ne module pas la résistance à la DOX dans nos lignées cellulaires HCC. La relation entre la cytotoxicité et la réponse apoptotique a également été étudiée. Nous montrons que l'exposition de la DOX à sa concentration IC50 nécessite une post-incubation de 72h dans un milieu sans médicament pour atteindre une réponse apoptotique significative. L'utilisation d'un inhibiteur de caspases à large spectre, le Boc-D-fmk, nous indique que les caspases sont impliquées dans la réponse à la DOX dans les cellules MH1C1, mais pas dans les cellules H4IIE.