La structure urbaine, ré-instauration permanente de l’équilibre des pouvoirs. Bruxelles, des origines de la ville à une capitale européenne

Ledent, Gérald;Vandernoot, Cécile
(2023) Au service du pouvoir. L’architecture comme outil de représentation aux époques moderne et contemporaine — Location: Paris, Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, France (7.December.2023)

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Les groupes humains s’organisent autour de pratiques, de rites et de règles de conduite partagés. Cet ensemble forme des institutions, un terme qui recouvre plusieurs types de réalités, tout autant immatérielles que matérielles. D’un point de vue immatériel, on trouve la famille, l’assemblée parlementaire, la religion, la justice, le mariage, la monnaie, etc. D’un point de vue matériel, outre certains objets signifiants comme l’alliance ou encore le sceptre, l’architecture et la structure urbaine jouent un rôle clé dans l’instauration et la perpétuation de codes et de conduites, balisant de la sorte des rapports de pouvoir. Mais ces rapports sont multiples et fluctuants. Ils génèrent alors dans le tissu de la ville un palimpseste qui témoigne des équilibres du passé et constitue le support des échanges entre les nouvelles forces en présence. La cristallisation des formes de pouvoir dans l’espace de la ville et le palimpseste qui en découle sont illustrés dans le cas de Bruxelles dans une cartographie évolutive extrêmement explicite. La ville est la fille de la Senne, une rivière aujourd’hui disparue mais qui en gouvernera tout le dessin. En effet, c’est la topographie générée par la rivière qui organisera les interactions successives entre les différents pouvoirs qui prendront place dans l’espace urbain, depuis la naissance de la ville jusqu’à l’installation des institutions européennes. Ces rapports s’équilibrent et s’organisent selon une opposition claire entre le bas de la ville, laborieux et son coteau est sur lequel s’installent les classes dominantes. Chacun construira alors les insignes de son pouvoir, hérissant la ville de tours, flèches, beffrois et autres créneaux. L’état belge, lorsqu’il nait au 19ème siècle, s’appuiera sur cet héritage de près de dix siècles et le renforcera en produisant un tracé urbain qui inscrit dans la chair de la ville l’ordre de l’état nouveau. Celui-ci met en tension les pouvoirs judiciaires, politiques et religieux dans le haut de la ville et le pouvoir économique dans la vallée. La lecture de l’évolution des structures urbaines bruxelloises révèle avec force la permanence du pouvoir symbolique des lieux et des tensions qui s’installent entre ceux-ci. Le palimpseste créé par leurs inscriptions dans le tissu urbain est encore lisible et définit aujourd’hui encore des rapports de pouvoir dans la ville. Mais ces lieux, forgés dans des équilibrages de pouvoirs du passé, offrent également de nouveaux défis : celui d’accueillir des valeurs nouvelles, en phase avec un monde en évolution.
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Ledent, G., & Vandernoot, C. (2023). La structure urbaine, ré-instauration permanente de l’équilibre des pouvoirs. Bruxelles, des origines de la ville à une capitale européenne. Au service du pouvoir. L’architecture comme outil de représentation aux époques moderne et contemporaine, Paris, Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, France. https://hdl.handle.net/2078.5/24474