Développer une perspective "micro" dans l'étude de la fracture numérique. : Le cas des nouvelles formes d'organisation du travail comme sources de fractures internes

(2009) Fractures, Mutations, Fragmentations: De la diversité des cultures numériques — ISBN: [9782746222205], p. 129-147, published

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La notion de fracture numérique est, la plupart du temps, évoquée en termes d’inégalités dans l’accès et l’usage des TIC entre des populations aux ressources différentes. Cette fracture, sociétale, se lit au regard de dimensions géographiques larges (mondiales, à l’image des inégalités nord – sud, nationales ou régionales) qui traduisent l’adoption d’une perspective « macro ». Si de récents débats se sont ouverts sur la pertinence de ces perspectives d’études et leur non-exclusivité, peu de travaux envisagent l’existence et la production d’une « fracture numérique » au sein-même des organisations, entre des populations de salariés distinctes. Soulignant cette absence dans la littérature, Gérard Valenduc [VAL 07] pointait ainsi récemment qu’au sein des organisations, l’environnement technologique est plus diversifié et soutient des formes d’organisation du travail qui peuvent exclure et discriminer les travailleurs. Dans ce chapitre, nous proposons de développer cet aspect de l’étude de la fracture numérique en développant une approche « micro » qui permette de considérer les inégalités produites au sein des organisations dans le cadre de l’adoption de nouvelles formes d’organisation du travail (NFOT) reposant largement sur l’usage des TIC, entre les travailleurs y participant et les autres. Etudiant le cas du télétravail au travers de deux études de cas qualitatives, ce chapitre illustre que les politiques de gestion régulant son accès et son usage contribuent à formaliser un « autre » arrangement de travail qui entre en conflit avec les modes d’organisation du travail prévalant. Au gré de régulations multiples auxquelles participent aussi les collègues et les télétravailleurs eux-mêmes, cette NFOT contribue à produire un fossé numérique d’un ordre nouveau –gestionnaire– loin de générer une flexibilité choisie ou de valoriser l’autonomie des travailleurs. Après avoir présenté et défini la forme d’organisation du travail dont il est question dans ce chapitre (le télétravail), nous introduirons la méthodologie mobilisée pour la réalisation de la recherche empirique au sein de deux services publics belges (rebaptisés ECOMIN et HUMIN), avant de présenter les principaux résultats recueillis et de les discuter. En conclusion, nous questionnerons la prégnance de l’étude de ces fractures au sein des organisations en soulignant leur origine particulière (des politiques de gestion) et en interrogeant quelques enjeux spécifiques qui y sont liés.
Affiliations
  • Louvain School of ManagementStrategy and Organisation
  • FUCaMSciences de gestion

Citations

Taskin, L. (2009). Développer une perspective “micro” dans l’étude de la fracture numérique. : Le cas des nouvelles formes d’organisation du travail comme sources de fractures internes. In Alain Kiyindou (dir) (ed.), Fractures, Mutations, Fragmentations: De la diversité des cultures numériques (p. p. 129-147). Hermès Lavoisier. https://hdl.handle.net/2078.5/250993