Le grand public ne connaît généralement du Conseil de sécurité de l’ONU (CSONU) que les images des réunions plénières qui montrent les quinze représentants permanents des États membres procéder à un vote à main levée et, parfois, justifier leur position par une prise de parole brève et assez convenue. Comme de surcroît l’intérêt des médias pour le Conseil semble assez proportionnel à la division de ce dernier, il en résulte que l’image ainsi véhiculée est celle d’une enceinte conflictuelle où s’affrontent les intérêts des grandes puissances bénéficiant de privilèges exorbitants – un siège permanent et un droit de veto – tout en ne s’acquittant que de façon très imparfaite de sa responsabilité en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationale. Cette image est très partielle. Elle occulte plusieurs tendances de fond à l’oeuvre depuis la fin de la Guerre froide. La première d’entre elles réside dans l’atmosphère beaucoup moins conflictuelle qui règne au sein du CSONU depuis la fin de la décennie 1980. L’usage systématique du véto a laissé la place à une pratique plus mesurée de la part des membres permanents qui le considère désormais comme arme de dernier ressort dont l’utilisation n’est pas sans comporter de sérieux inconvénients.Vu l’importance des questions dont traite le Conseil, il n’est pas étonnant de voir surgir un débat relatif à la transparence de ses travaux, tant à l’égard des États non membres qu’à l’égard de la presse et du monde associatif.Une autre évolution d’importance réside dans la prolifération des organes subsidiaires gravitant autour du CSONU. Ceux-ci forment aujourd’hui une galaxie dense et complexe qui pose derechef la question de la transparence de son fonctionnement.Enfin, les organes subsidiaires n’ont pas seulement pour effet d’accroître le volume d’activités du CSONU et la complexité de son fonctionnement, ils induisent aussi des modifications importantes dans la nature même de ses actes.Une telle évolution provoque un débat juridique de grande ampleur, introduit une dimension nouvelle au métier de diplomate et signale une transformation graduelle du Conseil de sécurité.
Liegeois, M. (2014). Evolution des pratiques au Conseil de sécurité de l’ONU. In Tanguy de Wilde d’Estmael, Michel Liégeois, Raoul Delcorde (ed.), La diplomatie au coeur des turbulences internationales (p. p. 169-188). Presses universitaires de Louvain. https://hdl.handle.net/2078.5/197472