Que ce soit dans la réécriture du roman policier, du récit de science-fiction ou du roman d’espionnage, la citation, la parodie et les références intertextuelles constituent des procédés couramment employés par Jean Echenoz, héritier du Nouveau Roman, et largement étudiés par la critique (Bessard-Banquy, 2003 ; Blanckeman, 2000 ; Schoots, 1997). Je voudrais rappeler rapidement les effets et enjeux (effet spéculaire, déconstruction du récit, retour du sujet, ironie, etc.) de ces différents procédés de réécriture dans l’œuvre d’Echenoz. Je souhaiterais ensuite analyser, dans L’occupation des sols (1988), la manière dont Echenoz, en « […] maquillant étrangement [les formes-images stéréotypées,] les revivifie, selon un jeu à la fois iconique et ironique qui dynamite et dynamise le récit » (Blanckeman, 2000, p. 43). L’occupation des sols parait constituer la pierre de touche idéale pour cerner les enjeux de la réécriture dans l’œuvre d’Echenoz : dans cette nouvelle, en effet, « le phénomène immobilier semble emblématiser la pratique littéraire : dans les deux cas, on élève du neuf sur des ruines, on retape le vieux style, on conserve en souterrain des échappées d’édifices. » (Blanckeman, 2000, p. 42) La réécriture s’inscrit ainsi explicitement dans la représentation de l’espace menée par Echenoz. J’entends ainsi étudier la reprise et le déplacement opérés par une écriture du dénouement (Ruffel, 2005) telle que celle d’Echenoz vis-à-vis de la littérature de la fin du XIXe siècle (les Contes cruels de Villiers de L’Isle-Adam et Bruges-la-morte de Rodenbach en particulier) pour ce qui regarde les relations du personnage en deuil avec l’espace de la maison et de la ville. J’espère ainsi, dans une perspective dialogique, dégager quelques éléments de comparaison entre les mutations de l’habitat urbain survenues au XIXe siècle – et surtout leurs conséquences sur la constitution subjective et la littérature (Hamon, 1989) – et la crise contemporaine de l’habitation (Goetz, 2002 et 2011).
Delcour, M. (2013). Réécriture de l’espace et espace de la réécriture dans L’occupation des sols de Jean Echenoz. Approches plurielles de la réécriture, ULB. https://hdl.handle.net/2078.5/75919