Les Grandes Dionysies : un paradoxal impensé dans l’approche de la tragédie athénienne de C. Castoriadis

(2021) Séminaire de recherche laboratoire logiques de l’agir, université de Besançon — Location: Besançon (online) (15.June.2021)

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Castoriadis accorde une grande attention à l’étude de la tragédie athénienne, qu’il n’hésite pas à considérer comme étant une institution politique de la cité démocratique. Plus précisément, il en fait une institution d’autolimitation, tout comme la graphè para nomôn, qu’on pourrait traduire par « accusation d’illégalité ». L’autolimitation est en effet le complément nécessaire (et trop souvent oublié de nos jours) de l’autonomie. Si le collectif citoyen peut se donner à lui-même l’ensemble de son institution, c’est-à-dire créer ses lois, mais aussi ses valeurs et ses finalités, il doit, en parallèle, donner des balises à ce processus d’autocréation. Les membres d’une société autonome doivent donc se donner à eux-mêmes leurs propres limites collectives, puisque ces dernières ne peuvent pas leur être imposées comme de l’extérieur, en référence à une entité transcendante posée comme garante ultime des significations, ce qui est le cas dans les sociétés hétéronomes. Or, s’il détaille toutes les étapes du fonctionnement de la graphè para nomôn, Castoriadis, de façon très étonnante, ne dit rien du contexte institutionnel dans lequel s’inscrivaient les performances de tragédies, à savoir les Grandes Dionysies d’Athènes. Ce rôle d’autolimitation que jouerait la tragédie dans la vie politique athénienne, il le décrypte uniquement à partir d’une analyse très classique des textes tragiques, c’est-à-dire qu’il le circonscrit au seul sens des fictions tragiques. Par exemple, il considère que l’Antigone de Sophocle est « la » tragédie par excellence de la démocratie, car elle dévoile, via les personnages opposés et complémentaires de Créon et d’Antigone, que l’hubris réside dans l’incapacité à s’autolimiter, d’une part, et d’autre part, dans le monos phronein : dans le fait de croire qu’on peut avoir raison seul, alors que la sagesse pratique (la phronèsis), ne peut être que le résultat d’une délibération collective, où l’on apprend à pouvoir « entendre « (dans tous les sens du terme) et à « tisser ensemble », selon une métaphore du chœur, des points de vue divergents, voire contradictoires. C’est pourquoi j’ai pour ma part tenté de développer l’intuition de Castoriadis, en essayant de montrer en quoi les Grandes Dionysies pouvaient être considérées comme une institution politico-rituelle d’autolimitation en un sens bien spécifique, qui n’a rien à voir avec le théologico-politique tel que nous l’entendons aujourd’hui. Ce faisant, j’ai aussi essayé de répondre à une question lancée incidemment dans l’Institution imaginaire de la société, mais toujours restée sans réponse : « que serait le symbolisme institutionnel d’une société autonome ? » En m’appuyant sur divers travaux d’anthropologues de la Grèce ancienne (qui se concentrent quant à eux le plus souvent sur l’aspect rituel du festival et des tragédies, en laissant à l’arrière-plan la question politique), j’ai tenté de montrer comment le dispositif institutionnel créait une mise en abyme de ce qui était représenté dans les fictions tragiques.
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Klimis, S. (2021). Les Grandes Dionysies : un paradoxal impensé dans l’approche de la tragédie athénienne de C. Castoriadis. Séminaire de recherche laboratoire logiques de l’agir, université de Besançon, Besançon (online). https://hdl.handle.net/2078.5/166091